Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /2009 09:01
Événements

1er novembre 82 avant JC 
Sylla seul maître à Rome

Le 1er novembre de l'an 82 avant JC, deux armées romaines s'affrontent sous les murs de Rome, près de la porte Colline.

Le vainqueur est un général de 56 ans, Lucius Cornelius Sulla, plus connu sous le nom de Sylla. Sa victoire met un terme à la première guerre civile qui déchire la république romaine à son agonie. Lui-même va porter un coup fatal à cette république en croyant la restaurer. Ses réformes vont ouvrir la voie à Jules César et à l'empire.

Un dilettante de génie

Sylla (buste romain) Sylla est l'un des personnages les plus méconnus et les plus fascinants de l'Histoire romaine. Issu d'une famille pauvre de l'aristocratie, il dissipe sa jeunesse dans l'étude et la fréquentation des prostituées et des gens de mauvaise vie.

A 31 ans, en 107 avant JC, il est néanmoins élu questeur et rejoint l'armée du consul Marius en Afrique. Son habileté lui permet de mettre la main sur Jugurtha, l'ennemi juré de Rome. Il participe ensuite aux côtés de Marius à la guerre contre les Cimbres et les Teutons, des Germains qui ont envahi la Gaule et menacent Rome.

Indifférent à sa popularité naissante, il retourne à sa vie de débauche et ne revient qu'en 93 avant JC à la vie publique avec les fonctions de préteur puis propréteur en Cilicie.

Il conclut un premier traité avec les Parthes et s'enrichit au passage. A son retour à Rome, il divorce de sa troisième femme et se remarie avec Caecilia Metella, fille du chef du Sénat. Cette union lui vaut d'être désormais regardé par les sénateurs et l'aristocratie comme une possible alternative face au parti populaire qu'anime... Marius..

La guerre sociale amène Sylla à reprendre du service dans l'armée,... toujours sous les ordres de Marius. Son talent tactique et son habileté font une nouvelle fois leurs preuves. Sylla s'empare de Stabies et réduit les derniers îlots de résistance du Samnium en 89 avant JC.

Ce nouveau succès lui vaut d'être nommé consul l'année suivante et de recevoir du Sénat le soin de mener la guerre contre le roi du Pont, Mithridate VI, coupable d'avoir repris les hostilités et massacré des milliers de Romains et d'Italiens en Orient. Cette décision contrarie Marius (69 ans), représentant du parti populaire, qui comptait sur cette guerre pour redresser son prestige.

Première guerre civile

Marius manigance avec un tribun de la plèbe, P. Sulpicius Rufus, un arrangement qui lui confie le commandement de la campagne du Pont.

Sylla, qui s'était déjà mis en route pour l'Asie, ne l'entend pas de cette oreille. Avec son armée, il revient à Rome en violation de toutes les règles et fait mettre Marius, Rufus et leurs partisans hors la loi. Il fait exposer la tête du tribun félon sur les rostres (une galerie qui domine les Forums romains et est décorée avec des figures de proue - les rostres - de navires ennemis). Marius préfère s'enfuir en Afrique.

Là-dessus, Sylla s'en va combattre Mithridate qui a profité des troubles pour occuper la Grèce. Le général romain occupe Athènes après un long siège avant de poursuivre Mithridate sur ses terres. Mithridate IV est bientôt battu. Sylla, pressé d'en finir, lui accorde un traité favorable, qui lui conserve son royaume en échange d'un tribut de 2000 talents... et de 80 navires pour le retour de l'armée romaine en Italie. Avant de s'en retourner, il tire encore 20.000 talents de la province d'Asie.

Mais à Rome, pendant ce temps, un consul, Cinna, se révolte contre le Sénat. Marius en profite et revient prestement d'Afrique où il s'était réfugié. Il fait mettre à mort de nombreux sénateurs et se fait réélire consul une septième fois. Il meurt l'année suivante, en 86 avant JC, mais ses partisans, les marianistes, restent au pouvoir sous l'autorité de Cinna.

Quand Sylla débarque à Brindes (aujourd'hui Brindisi, à la pointe de la péninsule italienne), avec une armée aguerrie, c'est pour en finir avec ses opposants du parti de Marius et Cinna. Pour lui faire face, les marianistes lèvent pas moins de six armées, essentiellement composées d'alliés italiens. Sylla les bat l'une après l'autre. La dernière armée, composée de Samnites, est écrasée à la porte Colline. Impitoyable, Sylla ordonne le massacre des prisonniers (7.000, y compris treize généraux marianistes).

Il se fait élire par les comices «dictateur chargé de faire les lois et d'organiser la république» pour une durée indéfinie ! C'est la lex Valeria de 82 avant JC, qui consacre de fait la ruine de la république sénatoriale.

Comme ses soldats commencent à tuer sans discrimination tous ceux qu'ils suspectent d'être des opposants, Sylla fait publier (autrement dit proscrire en latin) la liste de ceux qui peuvent être tués par quiconque. Les délateurs et les tueurs s'en donnent à coeur joie car une prime récompense leur geste. On évalue à 5.000 le nombre de leurs victimes.

Beaucoup de partisans de Sylla - comme le futur triumvir Marcus Licianus Crassus - s'enrichissent inconsidérément en s'appropriant la fortune des proscrits. Le jeune Caius Julius Caesar, né en 100 et neveu par alliance de Marius, figure parmi les proscrits et doit s'enfuir de Rome.

Une dictature de caractère monarchique

Assuré de son pouvoir, Sylla, qui se soucie peu d'ambition personnelle, tente aussitôt de restaurer le Sénat dans son ancienne puissance.

– Il porte de 300 à 600 le nombre de sénateurs et leur restitue le droit exclusif de siéger dans les jurys criminels.

– Il enlève aux tribuns de la plèbe le droit de proposer une loi aux comices et de briguer un deuxième mandat, réservant aux sénateurs l'initiative des lois.

– Il abolit la censure et confère aux magistrats sortant de charge la dignité de sénateur, limite les droits des consuls et des préteurs à des fonctions civiles en Italie et leur permet en sortie de charge de devenir proconsul ou propréteur en province sur désignation du Sénat,...

– Il distribue des terres à 100.000 vétérans et supprime les distributions gratuites de blé aux citoyens pauvres dans l'espoir de mettre fin à l'exode rural !

Honoré du surnom de «Felix» (heureux) et jugeant son travail accompli, Sylla démissionne de toutes ses fonctions en 79 avant JC. Il se retire dans sa maison de Cumes où il file le parfait amour avec une jeune femme de 25 ans, Valeria, dont il fait sa cinquième épouse. Sa félicité sera de courte durée... Il meurt l'année suivante ! Les Romains confèrent à sa dépouille le privilège d'une inhumation sur le Champ de Mars, lieu de sépulture des anciens rois.

Cependant, contrairement à ce que Sylla a pu croire, ses réformes n'ont en rien réglé les tensions au sein de Rome... elles ont seulement inspiré à nombre d'ambitieux le désir d'exercer à leur tour la dictature !...


1er novembre 1347 
La Peste à Marseille !

Le 1er novembre 1347, les responsables du port de Marseille acceptent un bateau génois dont ils savent pourtant qu'il est porteur de la peste...

Une si longue absence...

Après plusieurs siècles d'absence, la peste bubonique (avec apparition de «bubons» ou tumeurs à l'aine) fait sa réapparition en 1320 en Mongolie. De là, elle se répand alentour et atteint la mer Noire fréquentée par les Génois.

Comme les Mongols assiègent la ville de Caffa (aujourd'hui Féodossia, en Ukraine), ils envoient des cadavres contaminés par-dessus les murailles. Des marins génois arrivent à fuir la ville mais en emportant avec eux le terrible bacille. En accostant à Marseille, ils vont ouvrir au fléau les portes de l'Occident.

Un mois plus tard, la peste atteint la Corse et Aix-en-Provence. En janvier 1348, elle est à Arles et Avignon où, en six semaines, elle fait onze mille morts. En avril, la voilà en Auvergne, à Toulouse et Montauban. En juin à Lyon, en juillet à Bordeaux et dans le Poitou. Le 20 août 1348, on la signale à Paris. En décembre, elle atteint Metz...
Durant les premiers mois, le fléau progresse à une moyenne de 75 km par jour en profitant des circuits d'échanges, en particulier fluviaux et maritimes. Sa diffusion est favorisée par le surpeuplement des villes et aussi le goût des habitants pour les bains publics, lesquels vont devoir être fermés les uns après les autres. La peste fait 100.000 morts à Florence. À Paris, on compte 500 morts par jour.

Selon Froissart, un tiers de la population française décède mais sans doute s'agit-il d'une exagération manifeste. Les estimations varient selon les régions d'1/8 à 1/3 de la population. La va tuer en quelques mois jusqu'à 40% de la population de certaines régions européennes, ressurgissant par épisodes ici ou là. En quatre ans, 25 à 40 millions d'Européens vont néanmoins mourir de la «Grande Peste» ou «Peste noire».

Impuissance de la médecine

Les médecins médiévaux attribuent la peste aux humeurs ou à l'empoisonnement de l'air. Ils pratiquent la saignée et les purges avec des résultats catastrophiques et récusent l'idée pourtant évidente de la contagion. Les citadins n'ont rien de plus pressé, lorsque l'épidémie atteint une ville, que de fuir celle-ci. Le poète Boccace raconte cela dans le Décaméron, son recueil de contes écrit après que Florence ait été atteinte par la Grande Peste de 1347. Cette fuite est la pire attitude qui soit car elle a pour effet d'accélérer la diffusion de l'épidémie.

La population, en de nombreux endroits, soupçonne les juifs d'empoisonner les puits ! Dès 1348, une quarantaine sont massacrés à Toulouse.

En 1349 apparaît le mouvement des flagellants ; c'est la résurgence d'un mouvement localisé en Italie au XIe siècle. Il se répand dans toute la chrétienté occidentale et ne tarde pas à se structurer. Ses membres s'engagent à se flageller pendant 33 jours et demi (autant que d'années passées sur terre par le Christ). Les flagellants finissent par s'en prendre à l'Église institutionnelle à laquelle ils reprochent son comportement indigne. Le mouvement s'éteint néanmoins en quelques mois, aussi vite qu'il est apparu.

Un ordre social bouleversé

L'épidémie se développe d'autant mieux et plus vite que la population est épuisée. Après trois siècles d'expansion démographique, l'Europe est saturée d'hommes que les sols peinent à nourrir. Les disettes, famines et «chertés» se font plus fréquentes et à ces pénuries alimentaires s'ajoute la guerre entre Français et Anglais. Par milliers, des villages sont désertés. Les friches, la forêt et les bêtes sauvages regagnent le terrain perdu au cours des deux siècles précédents qui avaient vu les campagnes se développer et se peupler à grande vitesse...

Les prix des céréales qui avaient chuté dans les premiers mois de l'épidémie, du fait du manque de consommateurs, remontent très vite dans les années suivantes du fait du manque de bras !

Dès la génération suivante, la vie reprend le dessus. Paysans et manouvriers, profitant de la raréfaction de la main-d'œuvre, imposent aux seigneurs et aux employeurs des libertés nouvelles et des augmentations de salaires. Ces revendications s'accompagnent de graves crises sociales, la plus célèbre étant la Grande Jacquerie de 1358. Le servage achève de disparaître et les petites seigneuries rurales sont ruinées.

Un monde nouveau émerge suite à la Grande Peste. Après une rémission, l'épidémie revient en 1360 puis de façon erratique jusqu'en 1721. Chaque retour entraîne une hystérie collective mais aussi, après une brutale mortalité, une forte reprise de la nuptialité et de la natalité.

L'épidémie a des répercussions aussi sur l'art avec l'apparition des premières représentations de la mort dans l'art occidental. Les danses macabres se développent dès 1380. Les riches défunts sont représentés sur les sarcophages non plus dans leurs plus beaux atours mais dans l'état de décomposition qui suit la mort : ce sont les «transis».

 

1er novembre 1414 
Concile de Constance

Le 1er novembre 1414, un concile s'ouvre à Constance, sur les bords du lac du même nom, à l'initiative de l'empereur d'Allemagne. Il va mettre fin au Grand Schisme d'Occident qui dure déjà depuis un demi-siècle et voit papes et antipapes s'entredéchirer au grand dam des croyants.

1er novembre 1628 
Fin du siège de La Rochelle

Le 1er novembre 1628, prend fin le siège de La Rochelle. Le roi fait son entrée dans une ville ruinée et dépeuplée par la famine.

Ville rebelle

La Rochelle figurait parmi les places fortes concédées aux protestants par l'Édit de Nantes, 30 ans plus tôt. À la faveur des troubles consécutifs à la minorité de Louis XIII, les habitants de la ville ont l'imprudence de se soulever contre le roi. À l'instigation du duc de Buckingham, les Anglais en profitent pour débarquer sur l'île de Ré.

Le siège de la ville, commandé par le cardinal de Richelieu en personne, dure plus d'un an. L'âme de la résistance est le maire Jean Guitton (1585 -1654), un armateur énergique qui sait maintenir très haut le moral des assiégés. Il a fait le serment de tuer le premier qui parlerait de se rendre : «Pourvu qu'il reste un homme pour fermer les portes, c'est assez !» Mais Richelieu, décidé à en finir, fait construire une digue pour fermer le port aux Anglais. Et, du côté de la terre, il interdit l'accès des secours par une ligne de retranchements longue de douze kilomètres.

Richelieu au siège de la RochellePendant que les Rochelois endurent une terrible famine, le duc de Buckingham prépare à Portsmouth, en Angleterre, une nouvelle expédition pour venir à leur secours. Mais il est assassiné le 23 août 1628 par un officier protestant, John Felton.

Désormais réduits à leurs seules forces, les Rochelois doivent reconnaître leur défaite et Guitton préfère capituler plutôt que de les voir mourir de faim. Honorant le courage du maire, Richelieu renonce à le faire emprisonner.

Fort de sa victoire, le roi Louis XIII accorde aux rebelles la paix d' Alès. Il confirme le régime de la tolérance religieuse tout en réduisant les privilèges militaires accordés aux protestants. Il faut dire que les protestants sont encore trop influents dans le royaume pour que l'on puisse révoquer le trop généreux Édit de Nantes mais beaucoup de catholiques y pensent déjà.


1er novembre 1755 
Tremblement de terre à Lisbonne

Le samedi 1er novembre 1755, Lisbonne (235.000 habitants), est atteinte par trois secousses telluriques d'une exceptionnelle violence puis plusieurs raz de marée.

La très belle capitale du Portugal, qui doit sa prospérité à un immense empire colonial, est presque entièrement détruite par le séisme et par l'incendie qui lui fait suite. 60.000 victimes restent sous les décombres. Beaucoup d'entre elles meurent dans l'effondrement des églises, où elles assistaient à l'office de la Toussaint.

Toutefois est épargné le quartier excentré de Belém, en amont sur l'estuaire du Tage. De là partirent les grands explorateurs du XVe siècle tel Vasco de Gama. Le monastère majestueux des Hiéronymites et la tour de Belém, construite en 1515 par le roi Manuel 1er, figurent parmi les rescapés.

Le tremblement de terre est ressenti dans toute l'Europe, entraînant des oscillations jusque dans les lochs écossais et les lacs suisses.

La catastrophe racontée par un témoin

Voici des extraits de la lettre d'un témoin anonyme rédigée en français et publiée dans O livro e a leitura em Portugal (Verbo, 1987) :

Lisbonne jouissait depuis longtemps des prérogatives d'une des plus grandes et des plus superbes villes du monde; tout concourait à persuader ses habitants que leur félicité était inaltérable .
Il s'éleva dès le matin un brouillard fort épais qui fut dissipé peu après par les rayons très ardents du soleil. Il ne faisait point de vent, la mer n'était troublée par aucune agitation. A 9 heures 36 minutes, tandis que tout le monde se trouvait dans les temples ou se préparait chez soi pour y aller satisfaire aux préceptes de l'Église, il se fit tout à coup un tremblement de terre si violent et si horrible qu'il terrassa en moins de trois minutes toutes les églises et tous les couvents. Un nombre infini de personnes de tout état, de tout sexe et de tout âge se retrouva enseveli sous les ruines de ces édifices sacrés .
Un second tremblement de terre, quoique moins violent que le premier, augmenta de nouveau la désolation. On s'imagina qu'on allait être engloutis dans les crevasses que le premier avait ouvertes de tous les côtés quelques moments auparavant. Cependant, le feu prend dans les églises, dans les palais et dans les maisons qui se trouvaient abandonnés et presque détruits. Un vent du nord s'élevant et soufflant avec impétuosité rend l'incendie général .
La mer parut jalouse de ce que les hommes la croyaient moins à craindre que la terre et le feu, loin de secourir ceux qui se confiaient à elle et qui se jetaient à corps perdu dans les premiers bateaux qu'ils rencontraient, elle vomit tout à coup des tourbillons d'une eau noire et épaisse qui semblaient sortir de ses plus profonds abîmes après s'être gonflés d'une manière surprenante. Les flots en courroux retournent avec la même précipitation vers la mer . Ce flux était si rapide que l'on s'attendait à voir le fleuve à sec à l'embouchure du Tage .
L'incendie prenait cependant de nouvelles forces et s'étendait de l'orient au couchant, consumant de tous côtés, avec les meubles, les cadavres des morts et les corps des estropiés. Une infinité de bateaux et de barques, des vaisseaux même, périssent au milieu des eaux par le feu. Les malades écrasés sont consumés dans les hôpitaux, les criminels dans les prisons .
Pendant plus de quinze jours, le feu fut par toute la ville, et les tremblements de terre se firent sentir tous les jours jusqu'au 18. Le plus fort fut celui du 8, à 6 heures du matin .

Secousses intellectuelles

Les religieux, les prédicateurs et les philosophes, tels Voltaire et Rousseau, y voient l'occasion de débattre de la miséricorde divine et des mérites de la civilisation urbaine.

Pour Voltaire, le séisme offre un démenti cinglant à l'optimisme de l'illustre savant et penseur Gottfried Wilhelm von Leibniz (mort en 1716). Le «philosophe» français se fend d'un conte brillant, Candide, où il tourne en dérision les espoirs que plaçait Leibniz dans la science et la connaissance comme moyens de faire progresser l'ensemble de l'humanité. Il moque tout autant les religieux qui invoquent la soumission à la volonté divine.

Quant à lui, il s'en tient à glorifier la «civilisation» qui apporte aux élites, dont lui-même, des douceurs telles que chocolat, sucre, café, soieries,... Il prône la quête du mieux-être individuel dans l'indifférence au reste du monde («Cultivons notre jardin», dit avec résignation Candide à la fin du conte homonyme).

Un homme des «Lumières»

Ses contemporains se montrent toutefois, dans l'ensemble, plus pragmatiques. Ils voient dans le tremblement de terre de Lisbonne un motif d'accélérer les recherches pour comprendre et maîtriser les phénomènes naturels. Ils placent leur confiance dans le «progrès».

L'un des meilleurs représentants de cette école est José de Carvalho e Melo, plus connu sous le nom de marquis de Pombal. Peu après le tremblement de terre, il devient Premier ministre et révèle alors ses talents d'organisateur et sa clairvoyance. Pragmatique, il lance une enquête dans tout le pays sur les indices avant-coureurs du séisme.

C'est la première fois que l'on tente une explication scientifique des tremblements de terre.

L'homme fort du Portugal entreprend par ailleurs la reconstruction des quartiers sinistrés. Les urbanistes adoptent l'esprit rationnel des Lumières, avec des rues à angles droits et des constructions sobres. Sur les bords du Tage, le palais royal, détruit, est remplacé par la monumentale place du Commerce, ainsi nommée en l'honneur de la bourgeoisie marchande, fondatrice du Portugal moderne.

Vie et mort du progrès

Le philosophe Michel Serres voit dans le tremblement de terre de Lisbonne la naissance du «scientisme», un mouvement de pensée qui culminera au XIXe siècle et s'étiolera à la fin du XXe siècle avec la montée des craintes face aux excès de la technologie (*).

En 1842, après l'accident de chemin de fer de Meudon, les élites renouvellent leur confiance dans le progrès, en dignes héritières des «Lumières». Aujourd'hui, les élites européennes invoquent à tout propos cette «philosophie des Lumières»... mais elles tournent le dos à la foi dans le progrès qui en est la caractéristique dominante.

Effrayées par l'emballement des innovations technologiques et les désastres causés à l'environnement par une croissance économique éperdue, elles doutent de l'avenir comme du passé, dans lequel elles ne voient que motifs de repentance et de contrition. Elles s'en tiennent à la gestion du présent et cultivent un individualisme désabusé. Elles sacralisent la consommation et le bien-être immédiats au détriment des efforts indispensables pour notamment prévenir les dangers liés au réchauffement climatique (autrement plus redoutable que le séisme de Lisbonne).

1er novembre 1914 
La Royal Navy humiliée à Coronel

La première bataille navale importante de la Première Guerre mondiale survient le 1er novembre 1914, au large du port chilien de Coronel, au sud de Valparaiso. Elle met aux prises cinq navires allemands, sous les ordres de l'amiral comte Maximilian von Spee, et l'escadre britannique des Indes occidentales, sous les ordres de l'amiral sir Christopher Cradock.

Défaite prévisible

L'amiral von Spee (53 ans) a rassemblé dans son escadre les navires de guerre allemands qui frayaient dans l'océan Pacifique au moment de la déclaration de guerre.

L'amiral Cradock patrouille le long de la côte à sa recherche. Il croit repérer l'un des navires isolés et tente de l'intercepter mais il a alors la mauvaise surprise de tomber sur la totalité de l'escadre allemande. Il se trouve obligé de livrer le combat en dépit de navires moins modernes et moins performants que les navires adverses.

Les Allemands coulent deux croiseurs sans coup férir dont le navire amiral (1600 morts, y compris sir Christopher Cradock lui-même). C'est la première défaite de la Royal Navy depuis la bataille de la baie de Chesapeake, un siècle plus tôt !

Coup de sang anglais

Un mois après ce succès allemand retentissant, le 8 décembre, l'amiral Sturdee, lancé à la poursuite de von Spee, le rejoint au large des Iles Malouines et détruit son escadre. L'amiral disparaît ainsi que ses deux fils. La haute mer devient dès lors inacessible aux Allemands.

Peu avant la Seconde Guerre mondiale, le nom du héros de Coronel est donné à un cuirassé de poche de la Kriegsmarine, le Graf Spee.

Quand débute le nouveau conflit, le Graf Spee déjoue la surveillance britannique et cause de nombreuses pertes dans l'Atlantique Sud. Mais il est rejoint en décembre 1939 dans le Rio de la Plata par trois croiseurs anglais, l'Ajax, l'Achille et l'Exeter. Après une résistance désespérée, l'équipage se détermine à saborder le navire.


1er novembre 1954 
«Toussaint rouge» en Algérie

Le 1er novembre 1954, en Algérie, des indépendantistes commettent plusieurs dizaines d'attentats, dont certains meurtriers. C'est la «Toussaint rouge».

Ces événements surviennent dans une Algérie française découpée en plusieurs départements mais profondément divisée entre :
– 8 millions de musulmans qui ont un statut d'indigène et relèvent du droit coranique coutumier,
– près d'un million de citoyens français : immigrants de la métropole et du bassin méditerranéen, juifs locaux naturalisés en 1870, musulmans en très petit nombre ayant renoncé à leur statut coranique.

De très grands écarts de niveau de vie et d'éducation séparent les deux communautés (au recensement de 1948, un musulman sur dix seulement déclare savoir parler le français, soit une proportion bien inférieure à celle que l'on observe en 2000). Les clivages sociaux sont entretenus et aggravés par l'opposition constante, des Européens et assimilés, à toute concession politique à la majorité musulmane. Malgré cela, les indépendantistes, surnommés avec mépris «fellagha» (coupeurs de route), sont encore très minoritaires et sans soutien consistant dans la population musulmane.

Un soulèvement peu médiatique

Quelques mois plus tôt, en Indochine, les Français ont été défaits par le Vietminh. Les indépendantistes algériens y voient un encouragement à se lancer à leur tour dans la lutte armée contre la puissance coloniale, bien qu'ils soient en très petit nombre (quelques centaines au plus) et presque totalement dépourvus d'armes.

Divisés en plusieurs partis, dont le MTLD de Messali Hadj et l'UDMA de Ferhat Abbas, ils forment au printemps 1954 un Comité révolutionnaire d'union et d'action (CRUA). Celui-ci choisit la date du 1er novembre pour déclencher l'insurrection. Une trentaine d'attentats plus ou moins désordonnés ont lieu en ce jour de la Toussaint : récoltes incendiées, gendarmerie bombardée... On compte sept morts, essentiellement des musulmans.

Les seules victimes européennes sont un couple de jeunes instituteurs venus de la métropole pour instruire les enfants du bled. Leur autocar est attaqué dans les gorges de Tighanimine. Ils sont extraits du véhicule ainsi que les autres passagers et touchés par une rafale de mitrailleuse destinée au caid Hadj Sadok. Guy Monnerot succombe sur le champ mais sa femme Jeanine survivra à ses blessures. Les meurtriers des deux Français auraient enfreint l'ordre de n'agresser que des membres de l'élite musulmane francophile, à l'exception des Européens. Ils auraient été plus tard sanctionnés par leurs chefs.

Le ministre de l'Intérieur, un certain François Mitterrand, promet de mettre tout en oeuvre pour arrêter les «hors la loi». Avec emphase, il déclare le 12 novembre 1954 : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement. C'est la Constitution et c'est notre volonté».

En définitive, les attentats de la «Toussaint rouge» ont très peu de retentissement dans l'opinion française et la presse métropolitaine en fait à peine écho. Ils n'en marquent pas moins le début de la guerre d'Algérie, huit années de tourments qui ont marqué durablement les esprits et les coeurs des deux côtés de la Méditerranée.

Naissance du FLN

Le Front de Libération Nationale (FLN) est créé au Caire, peu après la «Toussaint rouge», par Ahmed Ben Bella, un indépendantiste en rupture avec le MTLD de Messali Hadj, qu'il juge trop modéré [ne pas confondre avec le FNL vietnamien, créé en 1960].

Dès lors, le mouvement indépendantiste et les messalistes, rassemblés au sein d'un nouveau parti, le MNA (Mouvement National Algérien), vont se disputer à couteaux tirés les faveurs des travailleurs algériens en métropole. L'historien Benjamin Stora évalue à 4.000 les victimes de ces règlements de comptes en métropole, de 1954 à 1962. C'est près de 2% des Algériens de la métropole.

En Algérie même, le FLN évite les batailles rangées et s'en tient à des massacres de civils, essentiellement des notables musulmans favorables à la France. Ces derniers sont torturés, mutilés et assassinés avec un raffinement de cruauté.

Le 25 janvier 1955, le président du Conseil Pierre Mendès France nomme au gouvernement général de l'Algérie l'ethnologue Jacques Soustelle (44 ans), homme de gauche, pacifiste, résistant et gaulliste de la première heure. Il est accueilli fraîchement par les Européens mais très vite se rallie à la thèse radicale de l'intégration. Contre les riches colons et les indépendantistes musulmans, il prône l'octroi de la nationalité française pleine et entière à tous les habitants des trois départements.

N'arrivant pas à retourner la population musulmane en sa faveur, le FLN change bientôt de tactique et multiplie les attentats dans le bled (la campagne).

Les pouvoirs publics reprennent en main la population musulmane des douars (villages) grâce à des mesures sociales et au regroupement des populations en des lieux prétendument sûrs (à la fin de la guerre, 1.250.000 paysans auront été ainsi déplacés). Ces tâches de terrain à caractère humanitaire sont confiées aux Sections Administratives Spéciales (SAS), animées par des officiers aguerris et de bonne volonté.

Dans le courant de l'année 1955,  le gouvernement socialiste de Guy Mollet intensifie les actions militaires en Algérie. Il envoie sur place non plus seulement des engagés (militaires professionnels), comme en Indochine, mais aussi des conscrits et même des réservistes). Le service militaire va être porté à trente mois et les effectifs engagés dans ce que l'on appelle pudiquement les «opérations de maintien de l'ordre» ne tardent pas à atteindre 400.000 hommes.

C'est sa fête :
 
Toussaint

Le Christ entouré des saints (icône byzantine)

Toussaint est un raccourci qui désigne la fête de «tous les martyrs et de tous les saints». Cette fête a été instituée en 610 par le pape Boniface IV afin d'honorer les martyrs romains dont il avait fait transférer les corps des catacombes au panthéon d'Agrippa, reconverti en église.

L'Occident a fixé la Toussaint au 1er novembre et fait du lendemain, 2 novembre, la Fête des morts. Par cette disposition, l'Église place symboliquement l'ensemble des défunts sous la protection des saints.

Les Américains d'origine irlandaise ont acclimaté dans leur pays d'adoption la fête de Hallowe'en (contraction anglaise de la Veille de la Toussaint). Ces réjouissances autour de motifs macabres sont le dernier avatar d'une très ancienne fête celte dédiée au dieu des ténèbres et de l'hiver, Samain.

En Europe, l'Église catholique a riposté à l'introduction de la fête de Hallowe'en dans les années 1990 par des festivités mieux accordées à la spiritualité chrétienne. Elles mêlent le rock et la prière sous le nom de... Holywins (la Sainteté gagne).


Naissance
Albert Londres
1er novembre 1884 à Vichy - 16 mai 1934 à Djibouti

Célèbre pour ses reportages sur le bagne de Cayenne ou encore le Tour de France cycliste, le grand reporter Albert Londres a résumé son métier dans la formule : «Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie». Il périt dans l'incendie du «Georges Philippar» au large de Djibouti, alors qu'il revient d'une longue enquête sur les trafics d'armes et d'opium en Chine. Dès l'annonce de sa mort, sa fille crée en son honneur le prix Albert-Londres, destiné à récompenser chaque année un journaliste français de moins de 40 ans.

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