Événements
Le 3 novembre 1493, lors de son deuxième voyage vers le Nouveau Monde, Christophe Colomb aborde sur une île que ses habitants, des Indiens Caraïbes de féroce
réputation, appellent Caloucaéra. Son nom sera transformé par les découvreurs européens en Guadeloupe. L'île, de même que la Martinique voisine, sera colonisée à partir de 1635 par les Français.
Le 3 novembre 1839, le sultan ottoman Abdul-Medjid 1er (16 ans) inaugure son règne en faisant publier une célèbre charte, le hatti chérif de Gulhané, qui
proclame l'égalité devant la loi de tous les sujets de l'empire ottoman, quelle que soit leur religion.. Cette charte contredit la Loi coranique, qui fait des non musulmans des protégés
(dhimmis) ou citoyens de seconde zone, astreints à de lourdes taxes.
Par son geste audacieux, le jeune sultan veut rénover le vieil empire ottoman, menacé d'éclatement par les revendications des peuples assujettis (*). Son père Mahmoud II s'est déjà signalé en tentant d'imposer aux Turcs l'abandon des vêtements traditionnels au profit du style européen, comme plus tard y réussira Moustafa Kémal.
Au début du XIXe siècle, cela fait longtemps que les Turcs ottomans n'effraient plus leurs voisins. Au sein de l'armée, le corps d'élite des janissaires a perdu ses vertus ancestrales. N'étant plus commandé par le sultan en personne mais par des vizirs incompétents, il s'est abandonné à ses débauches et à ses intrigues politiques au point que le sultan Mahmoud II choisit de l'éliminer : il fait exécuter en une après-midi, le 16 juin 1826 pas moins de 7.000 hommes !
Dans la péninsule des Balkans, les Grecs et les Serbes profitent de l'affaiblissement militaire des Turcs pour gagner leur autonomie avec l'aide des Occidentaux. En Afrique du nord, les Français occupent en 1830 la Régence d'Alger.
En 1833, le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali menace la Sublime Porte (surnom du gouvernement ottoman, d'après une porte monumentale du palais de Topkapi, à Istamboul). Mahmoud II est sauvé grâce à l'intervention des Russes mais ceux-ci exigent en contrepartie la fermeture des Détroits du Bosphore et des Dardanelles, entre la mer Méditerranée et la mer Noire, à tous les navires de guerre étrangers.
Quelques années plus tard, Mahmoud II veut prendre sa revanche sur Méhémet Ali mais ses troupes sont défaites à Nizib le 24 juin 1839 et les Égyptiens menacent de marcher sur Istamboul. Le sultan meurt sur ces entrefaites et son fils Abdul-Medjid 1er lui succède.
Les Européens interviennent à nouveau pour sauver l'empire ottoman. C'est qu'ils souhaitent le maintenir sous perfusion pour le dépecer à leur guise et à leur rythme ! Méhémet Ali doit donc rappeler ses troupes. Il obtient en compensation une reconnaissance de son pouvoir héréditaire sur l'Égypte et le Soudan.
Le nouveau sultan, si jeune qu'il soit, comprend qu'il n'a pas d'autre issue que la modernisation à marches forcées de son empire. Sitôt sur le trône, il introduit la tolérance religieuse en publiant le hatti chérif de Gulhané. C'est le début d'une longue période de bouleversements connue sous le nom de Tanzimat, d'après un mot turc qui signifie organisation et désigne un Conseil établi en 1854 pour veiller à l'application des réformes.
Le 16 juillet 1856, le rythme des réformes s'accélère avec une nouvelle charte, le hatti hamayun (en turc, Hatt-i Hümayoum), qui modernise le système financier, la société civile et l'enseignement. Cette charte ou rescrit abolit la gestion autonome des communautés religieuses et instaure une citoyenneté sans référence à la religion. Elle met fin aux tribunaux communautaires.
Mais les notables locaux se montrent réticents à l'application des réformes. Ces partisans de la tradition, surnommés les «Vieux Turcs», ont pour eux la grande majorité des musulmans. Ils bloquent les tentatives de modernisation par le haut (comme en Russie à la même époque ou, aujourd'hui, dans la Turquie de Recip Erdogan !).
Qui plus est, les relations entre les communautés se tendent avec l'arrivée de trois millions de réfugiés musulmans fuyant les Balkans en proie à des insurrections nationales. Le sultan, qui manque d'énergie, se révèle incapable de prévenir le réveil des nationalismes et des fanatismes religieux. La révolte couve.
En 1860, sous un prétexte quelconque, Druzes et chrétiens maronites du Mont Liban en viennent à des heurts violents et meurtriers. L'incendie se propage à Damas où des émeutiers arabes s'en prennent aux importantes minorités chrétiennes et juives de la ville.
Quand Abdul-Medjid 1er meurt le 25 juin 1861, son frère Abdul-Aziz lui succède. Malgré l'obstruction des fonctionnaires et les insurrections locales, il poursuit tant bien que mal la politique du Tanzimat. Il tente aussi d'alléger la dette publique mais ne peut empêcher la banqueroute de l'État et doit se soumettre au bon vouloir de l'ambassadeur russe, au grand scandale de ses sujets.
Il est obligé d'abdiquer le 30 mai 1876 en faveur de son neveu Mourad V, fils d'Abdul-Medjid 1er, et meurt cinq jours plus tard dans des conditions mystérieuses. La politique du Tanzimat prend fin après que Mourad V ait été lui-même déclaré «fou» (il était en fait alcoolique) et remplacé par son frère Abdul-Hamid II le 31 août 1876.
En moins de trois décennies, les réformes du Tanzimat ont fait long feu. Elles n'ont pas résisté au poids des traditions et de la religion. On peut rapprocher cet échec de celui du tsar Alexandre II en Russie.
Revenu au despotisme et à l'incurie d'antan, le gouvernement turc éprouve défaite sur défaite. Il perd ses dernières possessions d'Afrique (Égypte, Tunisie). Il perd également la plupart de ses dernières possessions d'Europe suite au traité de San Stefano du 3 mars 1878... ce qui va renforcer du coup le poids des populations musulmanes et accentuer la réaction religieuse dans l'empire. Il reviendra au général Moustafa Kémal de moderniser la Turquie après la Première Guerre mondiale.
Le 3 novembre 1867, Giuseppe Garibaldi et 7.000 volontaires (les Chemises rouges) tentent de pénétrer à Rome et d'en chasser le pape Pie IX. Ils veulent remettre la ville au roi d'Italie Victor-Emmanuel II pour achever l'unité politique de la péninsule.
Mais le roi ne peut que désapprouver cette initiative. Garibaldi viole en effet la convention établie entre lui-même et l'empereur Napoléon III, selon laquelle il ne serait pas porté atteinte au dernier territoire relevant de l'autorité du pape.
La colonne est écrasée à Mentana par les soldats pontificaux qui bénéficient du soutien d'un contingent français commandé par le général de Failly, successeur du général Lamoricière.
Les Français se gardent de poursuivre Garibaldi, personnage populaire dans le monde entier. Le rebelle est arrêté près de Florence par les carabiniers italiens. Il est libéré trois semaines plus tard sur la promesse de ne plus quitter son île de Caprera... promesse qu'il ne respectera évidemment pas !
«Les chassepots ont fait merveille», dit-on avec ironie des fusils qui équipent les soldats de Napoléon III.
L'empereur avait jusque là soutenu la cause des nationalistes italiens. Tiraillé entre ses sympathies nationalistes et ses engagements envers la papauté et les catholiques français, il combat désormais ses anciens amis.
La bataille de Mentana retourne l'opinion italienne contre la France dont les ambitions sont contrecarrées également au Mexique et en Allemagne. Pour Napoléon III, c'est le commencement de la fin.
Le roi d'Italie attendra la défaite de la France face à la Prusse pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale. -
Le 3 novembre 1903, le territoire de Panamá fait sécession d'avec la Colombie.
La création du nouvel État n'a rien d'un mouvement spontané. Elle est téléguidée par le gouvernement américain qui souhaitait avoir les mains libres pour y creuser un canal et faciliter les liaisons maritimes entre l'océan Atlantique et l'océan Paficique.
Le Panamá ayant l'insigne privilège d'être l'endroit le plus étroit de l'isthme qui unit l'Amérique du Nord à l'Amérique du Sud, les conquérants européens ont, dès le XVIe siècle, l'idée d'y percer un canal pour relier l'océan Atlantique à l'océan Pacifique.
Après l'échec de Ferdinand de Lesseps, dont le projet, mal conçu, sombre dans un gigantesque scandale financier, les Américains relèvent le défi et, pour 40 millions de dollars, rachètent les droits des Français sur le canal.
Depuis leur guerre contre l'Espagne (1898), les États-Unis ressentent le besoin d'offrir à leurs navires qui relient la Californie à la côte Est un chemin plus court que le contournement de l'Amérique du sud par le détroit de Magellan. Gagnés par la fièvre impérialiste qui a saisi les grands États européens, ils veulent faire de l'Amérique latine leur arrière-cour.
Ils songent d'abord à un canal qui passerait plus au Nord, par le Nicaragua, où l'isthme est plus large qu'à Panamá mais n'est pas traversé par une chaîne de montagnes. Finalement, ils se rallient au principe d'un canal à écluses à travers Panamá, selon la conception de l'ingénieur français Philippe Bunau-Varilla.
Approché par Washington, le gouvernement de la Colombie, qui exerce sa souveraineté sur le territoire panaméen, voit dans un premier temps le projet d'un bon oeil. Il se voit promettre une confortable indemnité en échange de la concession d'une bande de terrain pour une durée de cent ans.
Mais le pays sort à ce moment-là d'une terrible guerre civile, la «guerre des Mille Jours». Dans la confusion politique qui règne encore à Bogotá, les parlementaires colombiens, au dernier moment, refusent d'aliéner leur souveraineté et s'opposent au traité. C'est un coup dur pour la bourgeoisie de Panamá, qui plaçait beaucoup d'espoirs dans cette opportunité et craint que les États-Unis ne se rabattent sur le projet alternatif du Nicaragua.
Les Panaméens, traditionnellement hostiles à l'administration colombienne, lointaine, tatillonne et inefficace, commencent à songer à la sécession. Le gouvernement du président Theodore Roosevelt ne se fait pas faute de les y encourager. Lorsque celle-ci survient enfin, il envoie des vaisseaux de guerre devant les villes de Colón et Panamá pour dissuader l'armée colombienne d'intervenir.
Trois jours après la proclamation de l'indépendance, les États-Unis reconnaissent le nouveau pays. Ils signent un traité pour la construction du canal dès le 18 novembre. Ce traité porte le nom du secrétaire d'État américain Hay et de l'ingénieur Bunau-Varilla. Il prévoit la cession à perpétuité aux États-Unis d'une bande de 10 miles de large (16 kilomètres) en échange de 10 millions de dollars (une broutille). Ces conditions léonines sont le reflet de la politique impérialiste et volontiers brutale des États-Unis de ce début du siècle, sous la présidence de Theodore Roosevelt, apôtre de la politique du «gros bâton» («big stick»).
En 1909, les États-Unis proposent un dédommagement à la Colombie mais celle-ci refuse. Elle se ravise enfin en 1922 et reçoit 25 millions de dollars ainsi que les «regrets sincères» de Washington.
Un médecin américain, William Gorgas, engage sans attendre la lutte contre les moustiques qui infectent la région et propagent la malaria. Malgré cela, sous le climat tropical, les travaux de construction du canal se révèlent éprouvants. Ils mobilisent jusqu'à 24.000 ouvriers essentiellement originaires des Antilles, sous la direction de l'ingénieur civil John Stevens.
Le canal, long de 75 kilomètres, est enfin inauguré au début de la Grande Guerre, le 15 août 1914, avec la traversée du vapeur Ancon battant pavillon américain. Il aura coûté seulement 375 millions de dollars, soit 22 millions de moins que prévu !
Le trafic maritime est passé de 2.000 navires par an pendant la Grande Guerre à 14.000 par an au début du XXIe siècle. Sa progression est désormais freinée par la capacité insuffisante des écluses et la largeur du chenal, qui exclut une proportion croissante de navires.
La souveraineté du Panamá a été rétablie sur la zone du canal le 1er janvier 2000.
Le 3 novembre 1918, une mutinerie éclate à Kiel, un port militaire allemand de la mer Baltique. Les dirigeants allemands s'inquiètent d'une contagion
révolutionnaire dans tout le pays. Ils pressent l'empereur Guillaume II de démissionner, ce qui sera fait le 9 novembre, et entament des négociations avec les Alliés occidentaux pour un
armistice qui mettrait fin à la Grande Guerre.
Le sculpteur et orfèvre Benvenuto Cellini s'est signalé par son génie artistique, y compris en France où il a été invité par François 1er, mais aussi par ses frasques, son goût pour les éphèbes et, plus grave, sa violence. Ainsi s'est-il rendu coupable de plusieurs meurtres.
Quand il monte sur le trône à 15 ans, Mutsuhito choisit pour nom de règne Meiji (lumière en japonais). Ce nom est significatif de sa volonté
de moderniser l’empire du Japon et de l’ouvrir sur le monde.
L’empereur Meiji Tenno congédie le maire du palais (le shogun) et gouverne en personne. Il déplace sa capitale de Kyoto à Edo (aujourd’hui Tokyo) et réinvente une «tradition nationale japonaise» fondée sur le culte d'État, le shintoïsme, pour maintenir ses sujets dans l’obéissance.
Il brise la féodalité et oblige les anciens guerriers samouraïs à se mettre à son service exclusif, dans l’administration, l’armée et les affaires. Les créations d’entreprises se multiplient, bénéficiant du haut degré d’éducation du peuple japonais (50% de la population adulte sait déjà lire et écrire au XIXe siècle).
L’empereur lance la construction de voies ferrées. Il emprunte sans état d'âme aux Occidentaux les institutions qui lui paraissent bonnes. Il instaure le service militaire et bâtit une armée moderne sur le modèle allemand. En 1889, il juge son œuvre assez solide pour oser introduire une Constitution et se défaire d'une partie de son pouvoir au profit de deux assemblées élues.
Le succès de cette modernisation à marches forcées est consacré par la victoire du Japon sur la Russie en 1905. C’est la première fois qu’une puissance asiatique l’emporte sur un pays européen. Les Occidentaux comprennent qu’ils doivent désormais tenir le Japon pour leur égal.
Le 122e empereur du Japon a 15 ans à peine quand il reçoit les pleins pouvoirs le 9 novembre 1867, suite à la défection du shogun (maire du palais). Fils de l'empereur Koméi, il prend le nom de règne de Meiji Tenno. Dans son ombre gouvernent de fait les daimyos réformistes.
Il déplace la capitale de Kyoto à Tokyo, soumet les samouraïs et crée une armée moderne, développe une religion nationale, le shintoïsme, et copie le meilleur de l'Occident par le biais de la mission Iwakura...
En 45 ans de règne, jusqu'à sa mort, le 30 juillet 1912, Mutsuhito aura fait sauter plusieurs siècles à son pays, du Moyen Âge à l'ère industrielle.
Issu d'un milieu bourgeois, André Malraux, passionné de culture
orientale, part en 1923 au Cambodge, alors protectorat français, en vue de piller et revendre quelques statues khmères. Cela lui vaut quelques ennuis avec la justice française... et nourrit ses
premiers romans (La voie royale,...).
Là-dessus, il se pique de passion pour les communistes chinois en pleine lutte avec les nationales du Guomindang de Tchang Kaï-chek. Du dramatique affrontement de Changhai (1927), il tire la matière de La condition humaine (prix Goncourt, 1933). Un peu plus tard, il participe (de loin) à la guerre civile en Espagne et en tire un nouveau roman à succès, L'Espoir.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, il entre dans la Résistance et, après la Libération de la France, devient brièvement ministre de l'Information du général de Gaulle. Il poursuit en parallèle des réflexions sur la création artistique, dans le droit fil d'un grand critique un peu oublié, le médecin Élie Faure, auteur de L'Esprit des formes. André Malraux entame son dernier parcours comme ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle sous la Ve République.
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