Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 06:28
Événements

6 novembre 1792 
Jemmapes


Le 6 novembre 1792, les volontaires de l'armée française battent les soldats autrichiens à Jemmapes (aujourd'hui Jemappes), près de Mons, en Belgique. Il est vrai qu'ils bénéficient d'une écrasante supériorité numérique.

Venant six semaines après Valmy, cette médiocre victoire porte à son summum la popularité de la Révolution française.

Le spectre de l'invasion s'éloigne

Le général Charles François du Perrier, dit Dumouriez, portrait de Rouillad (musée de Versailles)Forte d'un premier succès à Valmy, la toute jeune République française décide de pousser son avantage contre les Prussiens et les Autrichiens qui la menacent d'invasion.

C'est en Belgique, possession des Habsbourg depuis Charles Quint, qu'ils portent leur effort. L'armée autrichienne du duc de Saxe-Teschen, qui y prend ses quartiers d'hiver, est prise au dépourvu par l'offensive de Charles François Dumouriez, le vainqueur de Valmy.

Les Français sont portés par la ferveur révolutionnaire. Mais ils bénéficient surtout de l'avantage du nombre. Ils sont 55.000, soit deux fois plus nombreux que les Autrichiens.

La journée débute par une canonnade sans guère de résultat. Dumouriez lance ensuite plusieurs charges d'infanterie auxquelles participe le duc de Chartres (il sera bien plus tard roi de France sous le nom de Louis-Philippe 1er !).

La bataille de Jemmapes (6 novembre 1792)

Les deux camps combattent bravement mais en désordre. A la mi-journée, après qu'ont été tués 2.000 hommes Français et autant d'Autrichiens, le duc de Saxe-Teschen se retire sans que Dumouriez se soucie de le poursuivre. Dans les jours qui suivent, les Autrichiens évacuent la Belgique sans demander leur reste.

La Révolution plus que jamais populaire

Bien qu'incomplète, car elle n'a pas entamé les forces ennemies, la victoire de Jemmapes éloigne la crainte de l'invasion et magnifie la République française aux yeux de tous les Européens. La Révolution atteint des sommets de popularité jusqu'en Angleterre. Personne ne tient plus à la combattre.

Les principaux belligérants, le roi de Prusse et l'archiduc d'Autriche, sont eux-mêmes davantage intéressés par les affaires polonaises que par la guerre contre la France. Ils s'apprêtent avec le tsar de Russie à un deuxième partage de la malheureuse Pologne après que celle-ci ait en vain tenté de réformer ses institutions à l'image de la France.

L'appétit de conquêtes se réveille

Hélas, les révolutionnaires n'ont pas la sagesse de s'en tenir là. En permettant aux Français d'occuper la Belgique et la rive gauche du Rhin, la victoire de Jemmapes excite leur appétit de conquête.

Dépassés par leur succès, les députés girondinsde la Convention proposent d'étendre la guerre et d'annexer les régions occupées. Leur attitude témoigne d'une rupture avec la bonne volonté initiale manifestée par les révolutionnaires (ainsi, le 12 mai 1790, un décret de la Constituante proclamait :«La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans le but de faire des conquêtes»).

Le 19 novembre, l'assemblée révolutionnaire vote un décret qui énonce : «La Convention nationale déclare au nom de la nation française qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront reconquérir leur liberté». Le 15 décembre, elle proclame avec emphase : «Guerre aux châteaux, paix aux chaumières».

Le dogme des frontières naturelles

Député de Paris à la Convention, Georges Danton ébauche le dogme des «frontières naturelles» (on dit aussi «grandes limites») pour justifier les conquêtes de la République française après la victoire de Jemmapes. Il déclare à la tribune de l'assemblée, le 31 janvier 1793 :«Les limites de la France sont marquées par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points : l'Océan, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrénées». Lazare Carnot récidive le 14 février 1793 : «Les limites anciennes et naturelles de la France sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées» (*).

Cette politique va provoquer la formation contre la France d'une première coalition européenne et se solder, 23 ans plus tard, par la défaite de Waterloo et l'affaiblissement irrémédiable du pays.

Plus tard, à l'époque de la guerre franco-prussienne (1870), des historiens attribueront à Richelieu la paternité des «frontières naturelles», alléguant qu'il en aurait parlé dans son Testament politique. Mais l'authenticité de ce document est aujourd'hui remise en question. D'autre part, les biographes du ministre-cardinal de Louis XIII, tels François Bluche et Françoise Hilsheimer, réfutent catégoriquement l'idée selon laquelle il aurait ambitionné d'étendre la France jusqu'au Rhin.

Notons qu'il n'y a rien d'évident à ce qu'un fleuve ou même une montagne serve de frontière. Le Danube, le Mississipi, le Gange, le Hoang Ho et même le Rhin rapprochent les hommes bien plus qu'ils ne les séparent.

6 novembre 1813 
Morelos y Pavon tente de libérer le Mexique

Le 6 novembre 1813, le prêtre Morelos y Pavon prend la tête d'une insurrection et proclame l'indépendance du Mexique. Mais sa tentative échoue comme celle du curé de Dolores, trois ans plus tôt, et c'est seulement le 24 février 1821 que le pays s'émancipera pour de bon de la tutelle de Madrid.

6 novembre 1917 
La Révolution d'Octobre

Article illustré par une émission
de radio de Canal Académie

Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, à Petrograd (anciennement Saint-Pétersbourg), les bolcheviques s'emparent du Palais d'Hiver et des principaux centres de décision de la capitale russe.

Les habitants ne se rendent compte de rien. Sur la perspective Nevski, la grande avenue de Petrograd, les promeneurs et les noctambules vaquent comme à l'accoutumée.

Dans la terminologie bolchevique (on dira plus tard communiste), ce coup de force sans véritable soutien populaire est baptisé «Révolution d'Octobre» car il s'est déroulé dans la nuit du 25 au 26 octobre selon le calendrier julien en vigueur dans l'ancienne Russie jusqu'au 14 février 1918.

Une insurrection préparée au grand jour

L'initiative du coup de force remonte au 23 octobre 1917. Ce jour-là, Lénine, chef des bolcheviques, qui a quitté subrepticement sa cachette finlandaise, assiste à un Comité central de son parti.

Seul contre tous, il impose le principe d'une insurrection armée en vue d'abattre la jeune démocratie instaurée quelques mois plus tôt et de mettre en place une «dictature du prolétariat» inspirée par les principes marxistes.

L'insurrection doit avoir lieu avant la prochaine réunion du Congrès des soviets, une assemblée démocratique dominée par la gauche mais où les bolcheviques sont en minorité. La réunion est prévue le 7 novembre...

Lénine repart aussitôt en Finlande, laissant à son adjoint Trotski le soin de préparer l'insurrection, avec l'assistance d'un expert militaire, le lieutenant Antonov-Ovséenko.

Alexandre Kerenski, chef du gouvernement provisoire, s'attend comme tout un chacun à un coup de force des bolcheviques mais il sous-estime leur détermination.

Les bolcheviques sont des militants relativement peu nombreux mais très actifs. Ils développent auprès des soldats de la garnison de Petrograd une propagande efficace autour de trois mots d'ordre :
– «paix immédiate» (la Russie est encore en guerre aux côtés des démocraties occidentales contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie),
– «la terre aux paysans»,
– «tout le pouvoir aux soviets»
(les soviets désignent en russe des conseils ou des assemblées de terrain où se prennent les décisions; ils représentent pour les démocrates sincères l'aboutissement de la démocratie représentative).

Les marins de Cronstadt et les soldats de la garnison se laissent séduire par ces mots d'ordre. Il ne reste plus qu'à agir. Lors d'un nouveau Comité central, le 29 octobre, Lénine, de retour à Moscou, emporte la décision contre l'avis de Kamenev et Zinoviev qui craignent l'éventualité d'un échec.

La prise du Palais d'Hiver

Le 6 novembre 1917, au matin, la police tente de fermer une imprimerie du parti bolchevique. C'est l'occasion qu'attendaient les révolutionnaires pour se mobiliser.

Dans la journée, conformément aux ordres d'un Comité révolutionnaire militaire, les bolcheviques s'assurent du ralliement de la garnison de la forteresse Pierre-et-Paul et occupent sans bruit tous les ponts de la capitale russe. La nuit suivante, ils occupent en douce les gares, les bureaux de poste et autres endroits sensibles.

Les ministres du gouvernement provisoire siègent pendant ce temps au Palais d'Hiver en l'absence de Kerenski qui a quitté la capitale en vue de quérir quelques troupes en renfort !

En attendant, ils n'ont pour les défendre qu'une petite troupe de 1300 soldats, cosaques et élèves officiers, y compris une unité de volontaires féminines.

Les partisans de Lénine assiègent le Palais. Cinq mille marins et soldats de Cronstadt viennent leur prêter main-forte.

Dans la journée du 7 novembre, pour donner à son coup d'État l'allure d'une révolution, Lénine fait tirer le croiseur Aurore, amarré à quelques centaines de mètres de là, sur un bras de la Néva.

Après avoir tiré une trentaine d'obus en direction du Palais, les bolcheviques se hasardent à l'intérieur, arme au poing. Les élèves-officiers et les soldates s'en tiennent à quelques velléités de résistance et se rendent. Peu après minuit, le gouvernement signe l'acte de capitulation.

«Jamais une échauffourée de si petite envergure (une dizaine de victimes, d'après les historiens soviétiques) n'a eu des conséquences aussi prodigieuses, et une fois de plus, le sort de la capitale décida de celui du pays tout entier», écrit Léon Poliakov (Les totalitarismes du XXe siècle, Fayard).

Les ministres sont arrêtés la nuit suivante cependant que leurs soldates et soldats sont libérés sans plus de manières. Investissant joyeusement le Palais d'Hiver et ses caves, les bolcheviques boivent joyeusement à la santé de leur Révolution... Cette saoûlerie généralisée, qui fait le désespoir du lieutenant Antonov-Ovséenko, va même contribuer à désorganiser la vie économique de la capitale pendant plusieurs jours.

Il n'empêche que la Révolution d'Octobre met fin au gouvernement issu de la Révolution de Février.

La dictature en marche

Le lendemain, les délégués du Congrès des soviets se réunissent enfin à l'institut Smolny, un pensionnat de jeunes filles. En guise de protestation contre le coup de force, les délégués mencheviques et socialistes-révolutionnaires quittent la salle. Trotski monte alors à la tribune et s'adresse aux délégués restants des partis de gauche hostiles aux bolcheviques : «Vous êtes de pauvres types, des faillis. Votre rôle est terminé. Allez là où est votre place,dans les poubelles de l'Histoire». L'expression fera florès.

Aussitôt après, le Congrès dominé par la minorité bolchevique vote trois décrets par lesquels il donne «tout le pouvoir aux soviets», demande la fin de la guerre et promet «la terre aux paysans». Et le 15 novembre, le Conseil des commissaires du peuple (le gouvernement) proclame l'égalité et la souveraineté des différents peuples de la Russie ! Il ne s'agit là que de déclarations de pure forme comme la suite le prouvera...

Des élections législatives sont organisées dans la foulée. Pendant ce temps, Lénine ne chôme pas. Il fait interdire la presse «bourgeoise» et met en place les instruments de la dictature. La police politique (Tchéka) est créée le 7 décembre, la grève interdite le 20 décembre !

Le parti K-D (constitutionnel-démocrate), ancré dans la gauche démocratique est interdit dès décembre. Reste l'opposition du principal parti de gauche, les S-R (socialistes-révolutionnaires). Ces derniers recueillent une écrasante majorité aux élections à l'Assemblée constituante, lancées avant la Révolution d'Octobre et que les bolcheviques n'ont pas osé annuler. Ils obtiennent 419 sièges contre 168 seulement aux bolcheviques, 18 aux mencheviks, 17 aux K-D et 81 divers.

Lénine ne se démonte pas. Il proclame avec un culot certain que le pouvoir des Soviets (les conseils populaires, solidement tenus en main par les bolcheviques) est supérieur à celui de l'Assemblée et le 19 janvier 1918, dès le lendemain de l'entrée en fonction de celle-ci, il ordonne sa dissolution, sanctifiant ainsi son coup de force d'Octobre.

Trois jours plus tard, une manifestation pacifique est dispersée par l'armée. On compte une dizaine de morts. C'est une première depuis la chute du tsarisme. Ne craignant plus la contradiction, le gouvernement, dénommé Conseil des commissaires du peuple, entame à marches forcées la réforme des institutions.

- Le 28 janvier, il crée une Armée rouge en prévision d'une éventuelle reprise des hostilités avec les Allemands.

- Le 5 février, il annule d'un trait de plume les dettes et les emprunts contractés par l'ancien gouvernement à l'étranger (cette mesure unilatérale sans guère de précédent va entraîner la ruine de nombreux épargnants français qui ont confié leurs économies au tsar deux décennies plus tard).

- Il adopte aussi le calendrier grégorien au lieu du calendrier julien à partir du 14 février 1918.

- Enfin, il conclut la désastreuse paix de Brest-Litovsk avec l'Allemagne le 3 mars. Lénine pèse de tout son poids sur cette décision, qui provoque de violentes tensions parmi les membres du gouvernement et provoque la démission des ministres socialistes-révolutionnaires de gauche.

- Le 12 mars, le gouvernement abandonne Petrograd, la capitale de Pierre le Grand, et se transporte à Moscou, la capitale des premiers tsars, au coeur de la Russie continentale, loin de l'Occident.

La Terreur comme méthode de gouvernement

Le 30 août 1918, au cours de la visite d'une usine, le chef de la Révolution est victime d'un attentat. L'auteur en est une militante S-R, Dora Kaplan. Grièvement blessé, Lénine se rétablit de façon quasi-miraculeuse mais son obsession de la contre-révolution n'en sort que plus grande. Il prend prétexte de l'attentat pour interdire le dernier parti d'opposition aux bolcheviques. Les S-R sont dès lors pourchassés par la Tchéka.

La terreur de masse est institutionnalisée par le décret «Sur la terreur rouge», daté du 5 septembre 1918. En marge de la guerre civile et indépendamment de celle-ci, elle affirme vouloir «protéger la République soviétique contre ses ennemis de classe en isolant ceux-ci dans des camps de concentration».

La Révolution de Novembre donne ainsi naissance au premier régime «totalitaire» (le terme sera quelques années plus tard inventé par l'Italien Mussolini pour qualifier un régime qui assujettit les individus à l'État). C'est aussi le premier gouvernement occidental ouvertement athée et antireligieux, ceci expliquant cela.

Débarrassés des anciennes contraintes morales, les révolutionnaires bolcheviques donnent libre cours à leurs pulsions meurtrières comme le montre cet éditorial publié dans les premiers mois de la Révolution par le journal de la Tchéka de Kiev et cité par l'historien Nicolas Werth : «Nous rejetons les vieux systèmes de moralité et d'"humanité" inventés par la bourgeoisie dan le but d'opprimer et d'exploiter les classes inférieures. Notre moralité n'a pas de précédent, notre humanité est absolue car elle repose sur un nouvel idéal : détruire toute forme d'oppression et de violence. Pour nous, tout est permis car nous sommes les premiers au monde à lever l'épée non pas pour opprimer et réduire en esclavage, mais pour libérer l'humanité de ses chaînes... Du sang ? Que le sang coule à flot ! Puisque seul le sang peut colorer à tout jamais le drapeau noir de la bourgeoisie pirate en étendard rouge, drapeau de la Révolution. Puisque seule la mort finale du vieux monde peut nous libérer à tout jamais du retour des chacals !».

La Révolution vue d'Occident

Chez les Occidentaux, la Révolution d'Octobre suscite stupeur et consternation. Français et Anglo-Saxons supportent mal, en particulier, la défection de l'allié russe. «Ce ne fut même pas un complot d'ouvriers armés», écrit L'Humanité, le quotidien de la SFIO (Section Française de l'Internationale Ouvrière), le 5 décembre 1917. «Ce fut un complot militaire, exécuté par les prétoriens bolchevistes de la garnison désoeuvrée, débauchée et pourrie de Petrograde» (*).

Tout change un an plus tard, une fois finie la Grande Guerre. Les soldats démobilisés prennent conscience de l'horreur dans laquelle les ont plongés la folie de leurs dirigeants. Beaucoup tournent alors leurs regards vers Moscou dans l'espoir d'un renouveau, fut-il payé au prix fort.

C'est ainsi qu'en France, à la Noël 1920, la SFIO, réunie en congrès à Tours, fait scission. Une majorité des représentants, à la suite de Louis Frossard et Marcel Cachin, se rallie aux 21 conditions posées par Lénine pour l'adhésion à la IIIe Internationale, qu'il a lui-même fondée à Moscou, et la reconnaissance du principe de la «dictature du prolétariat» exigée par son représentant Boris Souvarine.

Le 30 décembre 1920, la rupture est consommée. La SFIO éclate entre un nouveau parti communiste, qui hérite de L'Humanité, et l'ancienne SFIO (la «vieille maison» comme l'appelle affectueusement son chef Léon Blum). Rebaptisée parti socialiste, elle se donne un nouveau journal, Le Populaire.

Une émission de Canal Académie

7 novembre 1917 : l'insurrection bolchevique
Alain Besançon revient sur la réalité de la prise du pouvoir par Lénine...

Canal Académie

Voir l'article de Canal Académie, la radio des cinq académies de l'Institut de France.

6 novembre 1956 
L'expédition de Suez tourne au fiasco

 

Article illustré par une vidéo

Le 6 novembre 1956, à minuit, prend fin l'expédition de Suez. Les parachutistes français et britanniques doivent cesser le feu quelques heures à peine après avoir sauté sur le canal et défait les troupes égyptiennes.

Imposé par les Soviétiques et les Américains, ce cessez-le-feu sonne pour la France et la Grande-Bretagne la fin de l'ère coloniale et la fin de leur influence au Moyen-Orient. Il annonce aussi l'émergence du tiers monde et des pays arabes ainsi que l'intervention des États-Unis dans la politique moyen-orientale. Un demi-siècle après, celle-ci est plus que jamais d'actualité.

Maladresses américaines

Gamal Abd el-Nasser (38 ans), arrivé à la tête de l'Égypte quatre ans plus tôt, rêve de moderniser son pays. Il veut commencer par construire un barrage à Assouan, en amont du Nil, pour régulariser le débit du fleuve, doubler ou tripler les surfaces irriguées du pays et fournir de l'énergie hydroélectrique.

La société allemande Hochtief a établi le devis de ce projet pharaonique dont on parle depuis déjà deux siècles : 1,2 milliard de dollars. Le «raïs» égyptien (chef) demande aux Américains de l'aider à le financer.

Washington, qui tient à conserver de bonnes relations avec l'Égypte, signe un accord de principe en février 1956.

Mais voilà que Nasser, qui affiche un anticommunisme farouche et se veut neutre dans la guerre froide qui oppose l'URSS aux États-Unis, formule quelques critiques contre les alliances tissées par les Américains au Moyen-Orient (le pacte de Bagdad). Qui plus est, dans son souci de préparer une revanche contre Israël, il reçoit des armes du bloc soviétique, notamment de Tchécoslovaquie.

Il n'en faut pas plus pour inquiéter le Sénat américain et, le 19 juillet 1956, le secrétaire d'État John Foster Dulles retire l'offre de prêt américain à l'Égypte et invite la Banque mondiale à en faire autant ! Le 22 juillet, les Soviétiques eux-mêmes précisent qu'ils ne veulent pas financer le barrage.

C'est une humiliation amère pour les Égyptiens et leur jeune président de la République. De dépit (peut-être sur une suggestion des Américains eux-mêmes !), Nasser décide de se procurer l'argent en nationalisant le canal de Suez. Il prévoit d'indemniser les actionnaires de la Compagnie, essentiellement français et Britanniques.

Il annonce sa décision à la radio... en l'accompagnant d'un mémorable éclat de rire.

Venant peu après la nationalisation des pétroles iraniens par le Premier ministre Mossadegh, la nationalisation du canal de Suez soulève l'enthousiasme des foules arabes, y compris en Algérie, alors sous occupation française.

Maladresses européennes

Pris de court, les Français et les Britanniques, qui perçoivent les droits de péage sur le canal, protestent mais hésitent sur la conduite à tenir.

Là-dessus se greffent des facteurs extérieurs : le socialiste Guy Mollet, chef du gouvernement français, reçoit le 4 août un télégramme de Robert Lacoste, un militant qu'il a nommé quelques mois plus tôt ministre résident en Algérie. Lacoste lui demande de punir Nasser, coupable d'héberger au Caire les chefs de la rébellion algérienne et dont la radio La voix des Arabes diffuse des messages séditieux.

Guy Mollet se rallie à l'idée d'une guerre préventive contre l'avis de Pierre Mendès France et du président de la République René Coty. Il est soutenu par le ministre de la Défense Maurice Bourgès-Maunoury mais aussi le ministre de la Justice, un certain François Mitterrand, qui plaide pour la «défense de la civilisation» contre un émule d'Hitler !

De son côté, le jeune État d'Israël, fidèle allié de la France, manifeste le souhait d'une guerre préventive contre l'Égypte, soupçonnée de vouloir laver l'affront subi par les Arabes en 1948.

Une conférence internationale s'ouvre à Londres le 16 août en vue de trouver un compromis. Les Américains suggèrent un contrôle international du canal mais Nasser le refuse.

Préparatifs de guerre

Pendant ce temps, dans la discrétion, les militaires français et britanniques acheminent des troupes vers Chypre en toute hâte. A Paris, le président du Conseil Guy Mollet obtient un large accord du Parlement à une intervention militaire. À Londres, le Premier ministre conservateur Anthony Eden a plus de difficulté à rallier sa majorité à la perspective d'une guerre.

Nasser, qui a vent de la menace, réunit le 23 septembre à Ryad, en Arabie séoudite, une conférence arabe en vue de nouer des alliances. Il réussit à constituer une alliance sous commandement égyptien avec la Syrie et la Jordanie.

Les Israéliens ne restent pas inactifs et intensifient leurs achats d'armes. Ils reçoivent en urgence 24 chasseurs Mystère IV commandés trois ans plus tôt en France. Ils reçoivent également des chars français AMX.

Le 16 octobre, Anthony Eden et Guy Mollet se rencontrent à Paris. Ils se mettent d'accord sur le principe d'une intervention militaire mais les Britanniques, craignant de se fâcher avec les Arabes, ne veulent pas se compromettre publiquement dans une action commune avec Israël...

Manigances anglo-franco-israéliennes

Qu'à cela ne tienne. Le 22 octobre, le Premier ministre israélien David Ben Gourion (70 ans) se rend discrètement en France avec son chef d'état-major Moshe Dayan et Shimon Pérés. La délégation rencontre à Sèvres, près de Paris, Guy Mollet ainsi qu'un représentant britannique.

Il est convenu deux jours plus tard que les Israéliens, décidés à «rompre l'encerclement», attaqueront les Égyptiens et qu'ensuite, Français et Britanniques adresseront un ultimatum aux adversaires et occuperont la zone du canal sous prétexte de les séparer !

Le 29 octobre, les troupes du général Moshe Dayan se lancent dans le Sinaï. Elles mettent en déroute l'armée égyptienne. Elles sont appuyées en secret par quelques avions de l'armée française préalablement débarrassés des insignes tricolores !

Comme prévu, le 30 octobre, Londres et Paris envoient un ultimatum conjoint au Caire et à Tel Aviv, enjoignant aux combattants de cesser le feu et de se retirer à 10 miles du canal. A défaut d'une réponse dans les douze heures, les forces franco-britanniques interviendront d'autorité.

Israël s'incline mais l'Égypte, comme on peut s'y attendre, rejette l'ultimatum.

Le lendemain 31 octobre, Français et Anglais détruisent au sol les avions égyptiens. Et, les 5 et 6 novembre, les parachutistes sautent sur Port-Saïd, à l'endroit où le canal débouche sur la mer Méditerranée. Personne ne se soucie d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée trois jours plus tôt, le 1er novembre...

Pendant que l'attention du monde se porte sur le canal de Suez, les chars soviétiques entrent à Budapest et répriment le soulèvement des Hongrois contre leur régime communiste.

L'échec de l'expédition de Suez

Cliquez pour voir
Cette carte animée montre l'expédition de Suez et la percée de Tsahal dans le Sinaï.

Le triomphe des Israéliens et de leurs alliés franco-britanniques est ruiné par la pression diplomatique des Soviétiques et des Américains.

Menaces soviétiques

A peine les paras français et britanniques touchent-ils terre dans la zone du canal que le maréchal Nicolas Boulganine, chef de l'État soviétique, menace d'intervenir avec des fusées intercontinentales à tête nucléaire si l'attaque n'est pas stoppée !

Les États-Unis, hostiles à Israël, sont également très remontés contre l'État hébreu, la France et plus encore la Grande-Bretagne, leur traditionnelle alliée, qui a agi sans les avertir. Le président Dwight Eisenhower (qui vient d'être réélu le 6 novembre avec un pourcentage record de 57% des électeurs) joint sa voix aux Soviétiques pour exiger un cessez-le-feu.

À la Chambre des Communes, à Londres, la majorité conservatrice se fissure. Le Premier ministre, malade et découragé, jette l'éponge. Il annonce sa décision à Guy Mollet et celui-ci ne peut rien faire d'autre que l'imiter.

L'intervention franco-britannique aura duré en tout et pour tout 40 heures et se sera soldée par quelques centaines de morts dont douze Français et dix-neuf Britanniques.

Anglais, Français et Israéliens retirent leurs troupes le 22 décembre. Une force internationale est installée sur la ligne d'armistice.

Le triomphe personnel de Nasser

L'expédition ratée de Suez a des conséquences très graves pour Londres et Paris, outre qu'elle amène la démission du gouvernement d'Anthony Eden et affaiblit celui de Guy Mollet.

Les deux puissances européennes essuient une grave perte de prestige, en particulier face aux pays émergents du tiers monde. Il apparaît évident que la «diplomatie de la canonnière» telle qu'elle était pratiquée à l'époque coloniale, ne paie plus. L'heure de la décolonisation approche en Algérie et en Afrique noire.

L'URSS et surtout les États-Unis prennent la place des Européens au Moyen-Orient et leur rivalité va rythmer la diplomatie mondiale pendant près de quatre décennies.

Pour Nasser, la défaite militaire prend l'allure d'un triomphe diplomatique.

Son prestige ne va dès lors cesser de croître tant dans son peuple que parmi les déshérités du tiers monde, malgré (ou à cause) de ses échecs : faillite de l'union politique avec la Syrie, construction aventureuse du barrage d'Assouan, deuxième défaite face à Israël dans la guerre des Six jours...

Il gouvernera le pays jusqu'à sa mort, le 28 septembre 1970, à 52 ans. -


Une archive vidéo de l'INA
En conséquence de la nationalisation du canal de Suez par l'Egypte le 26 juillet dernier, les troupes des armées française et britannique interviennent en Egypte. Les soldats commandos français et britanniques débarquent à Port-Fouad et à Port Saïd

Clic sur le lien :
http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-economique/video/AFE85007050/debarquement-anglo-francais-en-egypte.fr.html

C'est sa fête 
Bertille
La sainte du jour est une religieuse devenue abbesse du monastère de Chelles, près de Meaux. Elle est morte en 710.

Décès
Soliman le Magnifique
vers 1495 - 6 novembre 1566 à Szigervar (Hongrie)

 

Soliman le Magnifique (ou Soliman le Législateur) est le plus grand sultan de l’empire ottoman. Celui-ci a été fondé par les Turcs à la fin du Moyen Âge sur les ruines de l’empire byzantin, avec pour capitale Constantinople.

Soliman noue une alliance avec le roi François 1er contre l’empereur Charles Quint. Il conquiert la Hongrie et met le siège devant Vienne, capitale de Charles Quint.

Avec Soliman, l’empire ottoman atteint sa plus grande expansion territoriale, des frontières du Maroc à celles de l'Iran, des portes de Vienne aux rives de l'océan Indien. Il connaît aussi une grande effervescence artistique, dont témoignent les réalisations du célèbre architecte d'origine grecque Sinan comme les mosquées Suleymaniye ou Selimiye.

 

Charles X
9 octobre 1757 à Versailles - 6 novembre 1836 à Göritz (Slovénie)

 

Plus jeune frère de Louis XVI, le comte d'Artois (61 ans) succède à Louis XVIII le 16 septembre 1824 sous le nom de Charles X. Son avènement, dix ans après la chute de Napoléon 1er, semble assurer le triomphe des ultraroyalistes, désireux de restaurer l'Ancien Régime et d'effacer 1789 ! Le comte d'Artois lui-même n'avait-il pas lui-même pris le chemin de l'exil dès le lendemain de la prise de la Bastille ?

Le roi conserve à la tête du gouvernement le comte de Villèle, déjà Président du Conseil sous le précédent règne. Mais il oblige ce modéré à appliquer sa politique. Dès le 24 mars 1825, il fait voter le «milliard des émigrés» pour indemniser ceux-ci et le 15 avril 1825 fait voter une loi inapplicable sur le sacrilège qui punit de mort tout profanateur des objets de culte ! Pour couronner le tout, si l'on peut dire, il remet au goût du jour la cérémonie du sacre à Reims.

Confronté à une opposition grandissante, Charles X nomme à la tête du gouvernement, le 8 août 1829, son ami le prince Jules de Polignac, ultra parmi les ultras. Et pour détourner l'attention de l'opinion, il lance une expédition contre Alger ! En vain, la Révolution des Trois Glorieuses a raison du dernier Bourbon...

 


Piotr Tchaïkovski
7 mai 1840 à Votkinsk (Russie) - 6 novembre 1893 à Saint-Pétersbourg (Russie)

 

Piotr Tchaïkovski est l'un des compositeurs les plus représentatifs de la musique russe. Son ballet Casse-Noisette (1892) a connu un succès tardif mais inusable.

Communauté : LES ANCIENS D'ORANGE - Publié dans : Histoire
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Commentaires

à quelle heure t-es-tu levée ????
Bonne journée
gros bisous
Commentaire n°1 posté par chevrette13 le 06/11/2009 à 08h55
Tiens Soliman est mort ,je ne savais même pas qu'il fut malade !a++
Commentaire n°2 posté par anto le 06/11/2009 à 08h44
Ecrire un commentaire - Par Monique
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