Le 9 novembre 1799 (18 Brumaire An VIII, selon le calendrier républicain), le général Napoléon Bonaparte met fin au régime du Directoire par un brutal coup d'État. Il ouvre la voie à sa propre dictature et met fin à la Révolution proprement dite.
Dix ans après la prise de la Bastille, le gouvernement du Directoire est désemparé par les difficultés économiques et militaires, et menacé par un retour prématuré des royalistes. Ceux-ci multiplient les attaques de villes, notamment dans l'ouest. Sieyès, l'un des cinq Directeurs qui constituent l'exécutif, dit à qui veut l'entendre qu'il «cherche un sabre» capable de sauver ce qui reste de la Révolution... à commencer par les fortunes plus ou moins mal acquises des profiteurs l
Après que les généraux Joubert, Bernadotte ou encore Moreau eussent été pressentis, voilà que l'on annonce le retour d'Égypte du général Bonaparte ! Sieyès voit en ce jeune général couvert de gloire le dictateur de salut public dont la République a besoin pour éviter le retour de Louis XVIII et de l'Ancien Régime. Il le rencontre le 1er novembre et concocte avec lui un coup d'État parlementaire qui passerait tout simplement par une révision de la Constitution.
Le 18 Brumaire se réunissent à Paris les députés de l'assemblée des Anciens favorables à la révision. Là-dessus, sous le prétexte d'un «complot des terroristes» (royalistes), on les convainc de se transporter, ainsi que les députés de l'assemblée des Cinq-Cents, au château de Saint-Cloud, à l'ouest de la capitale. Dans le même temps, la garde de Paris est confiée à Bonaparte.
En éloignant les députés de Paris, les comploteurs veulent de la sorte éviter que le peuple parisien ne perturbe leurs délibérations ! Pour témoigner de leur engagement en faveur de la révision constitutionnelle, trois des cinq Directeurs démissionnent : Sieyès, Barras et Ducos. Les deux autres, Gohier et Moulin, suspects de sympathies jacobines, sont destitués et arrêtés.
Le lendemain, hélas, tout dérape cependant que la troupe boucle le château de Saint-Cloud. Réunis dans la salle de l'Orangerie, les élus des Cinq-Cents se refusent à modifier la Constitution comme on le leur demande.
Bonaparte, qui a déjà prononcé une médiocre harangue devant les Anciens, fait de même devant les Cinq-Cents. Sa déplorable prestation est accueillie par des huées et les cris : «À bas le dictateur !»
Violemment pris à partie par les députés et même menacé d'arrestation, il a un moment de faiblesse. Il est sauvé par les grenadiers qui l'entraînent hors de la salle. Son frère Lucien qui préside fort opportunément l'assemblée sort à son tour et se rend au-devant de la troupe et de son général, Joachim Murat. Il fait valoir que son frère et les élus sont menacés d'assassinat.
Murat ne s'embarrasse pas de bonnes manières. «Foutez-moi tout ce monde-là dehors», ordonne-t-il à ses grenadiers, lesquels battent la charge et mettent baïonnette au canon. Les députés tout de rouge vêtus sautent à qui mieux mieux par les fenêtres et se dispersent dans le brouillard !
La nuit venue, sur les deux heures du matin, le Conseil des Anciens et quelques élus des Cinq-Cents que l'on a rassemblés manu militari votent enfin une révision de la Constitution. Ils nomment un gouvernement provisoire en la personne de trois Consuls, Napoléon Bonaparte, Emmanuel Joseph Sieyès et Roger Ducos. L'affaire est liquidée et chacun rentre à Paris.
Napoléon Bonaparte est soulagé même si le coup d'État parlementaire s'est transformé en vulgaire coup d'État militaire. Il fait rédiger à la hâte une nouvelle Constitution. Sieyès, qui se pique de droit constitutionnel, dirige le travail. On s'oriente vers une dictature à la romaine, la Rome antique étant la référence commune à tous les hommes cultivés de l'époque. Le terme inhabituel de consul est lui-même emprunté à l'Antiquité.
Le 12 décembre 1799, Bonaparte reçoit chez lui les deux commissions constitutionnelles. Il rejette les dispositions prévues par Sieyès, qui instaure notamment un Grand Électeur aux pouvoirs symboliques. Désavoué, l'ancien abbé comprend que l'heure de la retraite, pour lui, a sonné...
Le texte de la Constitution de l'an VIII est réécrit par Daunou, lequel écrit à ce propos : «Il faut qu'une Constitution soit courte et obscure».
Conformément aux dispositions imposées par Bonaparte, le titre de Premier Consul et la réalité des pouvoirs sont octroyés au vainqueur du 18 Brumaire. Il a 30 ans. À ses côtés figurent deux Consuls qui n'ont qu'un rôle consultatif. Il s'agit de Cambacérès, un ancien conventionnel régicide, et Lebrun, un ancien député de la Constituante, aux penchants royalistes. Les trois consuls sont nommés pour dix ans.
Le pouvoir législatif est réparti entre quatre assemblées : le Sénat conservateur, le Tribunat, le Corps législatif et le Conseil d'État. Les membres de ces assemblées sont choisis par le gouvernement parmi des listes de notabilités. Ces listes elles-mêmes résultent d'un vote des citoyens à plusieurs degrés. Autant dire que l'on est ici très loin de notre conception de la démocratie.
Le 15 décembre 1799 (24 frimaire an VIII), Bonaparte peut fièrement annoncer : «La Constitution est fondée sur les vrais principes dugouvernement représentatif, sur les droits sacrés de la propriété, del'égalité, de la liberté. Les pouvoirs qu'elle institue sont sables etforts. La révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie» !
Le texte final est soumis au suffrage universel le 7 février 1800 par un plébiscite. Participent au vote tous les citoyens de sexe mâle sans condition de cens (ou de ressources financières), à l'exclusion des domestiques. Approuvé à une très forte majorité, il instaure un nouveau régime républicain, le Consulat, qui dissimule à peine la dictature personnelle de Bonaparte.
La République française abordait l'année 1799 en position désespérée. Le régime du Directoire était aux abois, ses ennemis de la deuxième coalition croyaient déjà triompher, les Bourbons étaient persuadés de reprendre bientôt le pouvoir, Bonaparte était hors-jeu en Syrie. Le pape, qui s'était réfugié au Vatican par suite de l'instauration de la République Romaine, s'apprêtait à passer l'Église de France par pertes et profits...
En quelques mois, voire quelques semaines, Bonaparte va bouleverser la donne et clore pour de bon la Révolution et son instabilité chronique. S'installant au palais de l'Élysée le 19 février 1800, il va remettre l'État sur pied et engager l'économie dans la voie de la prospérité. Ce miracle, il l'accomplit en s'entourant des hommes les plus talentueux de son temps (Chaptal, Cambacérès, Portalis,...) et en menant à leur terme les réformes engagées par le Directoire.
Comme rien n'est plus important que la collecte des impôts, la loi du 3 frimaire An VIII (24 novembre 1799) crée l'administration des Contributions directes, avec des receveurs et des percepteurs nommés par l'État. Le banquier Perrégaux crée la Banque de France le 28 nivôse an VIII (18 janvier 1800) pour nourrir l'activité économique. Trois ans plus tard, ayant mis en confiance les épargnants, elle recevra le privilège d'émettre (avec prudence) du papier-monnaie. Dans le même temps, la loi du 7 germinal An XI (28 mars 1803) établira le franc comme unité monétaire de base avec une valeur qui ne variera pas pendant un siècle.
Le découpage administratif en départements, arrondissements et communes est conservé mais à la tête de chaque département est placé un préfet, agent tout-puissant de l'État central. Paris est découpé en trois arrondissements et perd son maire (on veut prévenir toute velléité d'insurrection). C'est l'aboutissement de l'oeuvre séculaire de centralisation (loi du 28 pluviôse An VIII, 17 février 1800).
La justice est rebâtie par la loi du 27 ventôse An VIII (18 mars 1800), avec un juge de paix par canton, un tribunal de première instance et un tribunal correctionnel par arrondissement, un tribunal criminel par département, 29 tribunaux d'appel, enfin un tribunal de cassation à Paris. Les juges sont nommés par le Premier Consul mais inamovibles. Le 21 mai 1804 est publié le Code civil, fondement du droit moderne. Notons encore la création des lycées par la loi du 1er mai 1802.
Sur le plan militaire, le Premier Consul ébauche un accord de paix avec les chefs chouans (pas tous). Par ailleurs, il engage des négociations avec le Saint-Siège en vue de rétablir la paix religieuse, ce sera le Concordat, conclu le 15 juillet 1801. Enfin, il abat la troisième coalition au terme de deux campagnes décisives, en Italie (victoire de Marengo) et en Allemagne (victoire de Hohenlinden).
Un an après le coup d'État, fin 1800, tout a changé. La France compte 104 départements. Elle domine l'Espagne, l'Italie, les rives de l'Adriatique et les îles Ioniennes, la Suisse, la moitié des principautés allemandes et la Hollande. Une grande partie de la classe aristocratique (Chateaubriand, Montmorency, Ségur) se rallie au nouveau régime. On pourrait croire au triomphe de la Révolution et de la France...
Cependant, les royalistes, très nombreux, ne baissent pas les bras. Après tout, la chute de la monarchie ne date que de huit ans. Ils espèrent que Bonaparte, fort de ses succès, clôturera la Révolution en rappelant le prétendant au trône, Louis XVIII, frère du malheureux Louis XVI. De leur côté, les Jacobins et les nostalgiques de la Révolution s'inquiètent du rapprochement entre le Premier Consul et les catholiques...
À la faveur de l'attentat de la rue Saint-Nicaise, Bonaparte aura raison des uns et des autres. L'épopée napoléonienne commence. Pour le meilleur et pour le pire. L'Europe la paiera de deux millions de morts.
Le 9 novembre 1867 commence au Japon l'ère Meiji (lumière en japonais), d'après le nom que l'empereur Mutsuhito a choisi pour qualifier son règne et se faire désigner après sa mort.
Depuis 1616, soit plus de deux siècles, l'Empire du soleil levant était gouverné par une famille, les Tokugawa. Ils exercaient la fonction de shogun (ou maire du palais) tandis que l'empereur héréditaire gardait une fonction symbolique à caractère religieux.
Les Tokugawa maintenaient le pays dans un total isolement diplomatique et lui conservaient ses structures féodales. Mais l'irruption d'une escadre américaine en 1853 avait fait chavirer les esprits et suscité de violents conflits entre conservateurs et réformistes.
C'est ainsi que le 8 novembre 1867, suite à des émeutes et sous la pression de quelques grands seigneurs ou daimyos qui entourent le souverain, le dernier shogun, Yoshinibu, remet ses pouvoirs au jeune empereur Mutsuhito.
Né le 3 novembre 1852, le 122e empereur du
Japon a 15 ans à peine. Il prend le nom de règne de Meiji Tenno et s'attribue officiellement tous les pouvoirs. Dans son ombre gouvernent de fait les daimyos réformistes.
L'empereur déplace sa résidence officielle de Kyoto (qui signifie en sino-japonais ville capitale) à Yedo (ou Edo), qui est déjà depuis 1603 la capitale administrative du pays et l'une des principales villes du monde avec plus d'un million d'habitants. La nouvelle capitale du Japon prend le nom de Tokyo (capitale de l'Est).
L'empereur réinvente par ailleurs une «tradition nationale japonaise» fondée sur le culte d'État, le shintoïsme. Il fait en particulier édifier le temple Yakasuni réservé aux morts pour la patrie (ce temple, où sont honorés plusieurs acteurs de la Seconde Guerre mondiale, revient régulièrement au centre de querelles diplomatiques). Les bouddhistes, très influents à l'époque des Tokugawa, sont obligés de s'aligner sur les nouvelles valeurs patriotiques.
En 1871, l'empereur abolit officiellement la hiérarchie instaurée par les shoguns. Les samouraï, qui étaient tenus d'obéir de père en fils à leur seigneur, le daimyo, conformément au code de l'honneur, le bushido, se mettent au service de l'empereur ou se reconvertissent dans les affaires.
La même année, l'empereur envoie en Occident une mission d'étude, la mission Iwakura, en vue de collecter toutes les idées de bon aloi. Sa mission va durer de décembre 1871 à septembre 1873 !
Dès 1872, le Japon se dote de sa première ligne de chemin de fer. Empruntant sans état d'âme aux Occidentaux ce qu'il estime bon, l'empereur instaure le service militaire et bâtit une armée moderne sur le modèle allemand. C'en est fini des beaux uniformes des samouraïs et de leur armement féodal, notamment le katana (sabre). Les nouvelles troupes portent des uniformes inspirés des Français et sont armées de fusils occidentaux.
En quelques années, le pays s'arrache ainsi à la féodalité et rejoint le peloton des nations les plus avancées. En 1889, Meiji Tenno peut s'offrir le luxe de boucler l'ère des réformes en introduisant une Constitution et en se défaisant d'une partie de son pouvoir au profit de deux assemblées élues.
Le succès de la politique impériale trouve une spectaculaire consécration avec, en 1905, la victoire du Japon sur la Russie. C'est la première fois depuis plusieurs siècles qu'une puissance européenne est défaite par une puissance asiatique.
Le prodigieux essor de l'empire du soleil levant sous l'ère Meiji trouve une explication dans le très haut degré d'éducation du peuple japonais. En effet, au XIXe siècle, le taux d'alphabétisation était déjà comparable à celui des provinces européennes les mieux éduquées (50% de la population adulte savait lire et écrire).
Suite à la réforme militaire de l'empereur Meiji Tenno, un million de samouraïs sont mis à la retraite dans des conditions humiliantes, avec une pension en monnaie de singe. Beaucoup échouent à se reconvertir dans l'exploitation agricole ou les affaires.
Le ministre de la Guerre Saigo Takamori veut convaincre l'empereur d'employer ces guerriers dans une guerre contre les voisins, la Corée par exemple. Mais l'empereur juge l'initiative prématurée. Le ministre quitte le gouvernement et se retire dans l'île méridionale de Kyushu où il forme une école de samouraïs.
Des révoltes éclatent quand le gouvernement décide de réserver le port du sabre aux officiers de l'armée. À chaque fois, les anciens samouraïs, fidèles à leur armement traditionnel et à leur code de l'honneur, sont battus par les conscrits de l'armée impériale. Saigo Takamori est lui-même entraîné dans un ultime combat, le 22 février 1877, devant le château de Kumamoto. Quelques centaines d'anciens samouraïs sont défaits par 30.000 soldats impériaux. Leur chef, fidèle à l'honneur ancestral, se suicide par éventrement selon le rite du seppuku (faussement appelé harakiri).
Cette tragédie a donné matière à un film à grand spectacle, Le dernier samouraï (Edward Zwick, 2003).
Le 9 novembre 1918, l'empereur allemand Guillaume II abdique et le socialiste Scheidemann proclame la République. Préoccupé par la révolution qui menace d'emporter le pays, il va demander l'armistice aux Alliés deux jours plus tard.
Le 9 novembre 1923, Adolf Hitler, un agitateur obscur d'origine autrichienne brave la police de Munich à la tête de 3000 militants et en compagnie du prestigieux général Ludendorff, héros de la Grande Guerre.
1923 (que les Allemands surnomment l'«année inhumaine») a mal commencé.
Le 11 janvier, les troupes franco-belges occupent le bassin de la Ruhr, principale source de richesse du pays, pour obliger les Allemands à verser les réparations de guerre auxquelles le traité de Versailles les a condamnés. L'instabilité politique et la «résistance passive» à l'occupation étrangère entraînent des licenciements et des grèves dans tout le pays ainsi qu'une vertigineuse flambée des prix.
En octobre 1923, il faut compter plusieurs dizaines de milliards de marks (la monnaie de référence allemande) pour s'offrir... un dollar américain ou une baguette de pain ! Ce contexte encourage l'agitation révolutionnaire. À Berlin, le président de la République Ebert et le chancelier Streseman imposent l'état d'urgence le 26 septembre 1923, cependant que le financier Schacht donne un coup d'arrêt à l'inflation en créant une nouvelle monnaie, le Rentenmark. La Bavière refuse la dictature momentanée des Prussiens de Berlin. Elle proclame le même jour son propre état d'urgence et se donne un triumvirat aux pouvoirs dictatoriaux avec le commissaire d'État Gustav von Kahr, le général Otto von Lossow, commandant la Reischwehr (l'armée), et le colonel Hans von Seisser, chef de la police.
La menace du séparatisme bavarois plane sur le pays. C'est le moment que choisit Hitler pour tenter de se saisir du pouvoir à Munich.
Le 8 novembre, dans une grande brasserie de la capitale bavaroise, le Bürgerbraükeller, 3.000 bourgeois écoutent les trois principaux dirigeants du Land.
La brasserie est brutalement investie par les militants du parti nazi. Leur chef ou Führer, Hitler, monte sur l'estrade. Revolver au poing, il entraîne les dirigeants bavarois dans une arrière-salle et leur intime l'ordre de lui céder le pouvoir ! Mais les fieffés politiciens réussissent à s'esquiver après avoir fait mine de céder.
Déconfit, l'agitateur tente à l'aube de reprendre l'initiative en s'emparant du ministère de la Guerre du Land de Bavière. Au bout de l'étroite Residenzstrasse, une centaine de policiers barrent la route à sa troupe.
Dès les premiers coups de feu, les agitateurs se débandent piteusement, leur
chef le premier. Seul, le général Ludendorff fait face à la mitraille. On relève seize morts.
Le «putsch de la Brasserie» débouche sur un fiasco complet. Le chef de la bande est arrêté deux jours plus tard. Au terme d'un procès orageux au cours duquel il va faire étalage de son talent de propagandiste, Hitler est condamné le 1er avril 1924 à cinq ans de prison. Il ne va en effectuer que neuf mois.
Il quitte la forteresse de Landsberg le 20 décembre 1924 avec un épais manuscrit qu'il a eu le loisir de dicter en prison à son fidèle Rudolf Hess. Il y annonce son projet politique pour l'Allemagne. Le titre ? Mein Kampf (Mon combat).
Le national-socialisme ou nazisme se présente comme une alternative révolutionnaire au communisme d'origine russe.
En se revendiquant socialiste et anticapitaliste, il répond aux aspirations des prolétaires et déclassés allemands qui répugnent à suivre les communistes russes, tenus pour des gens incultes et méprisables.
En affichant un nationalisme viscéral, le parti de Hitler séduit aussi nombre de patriotes sincères, révulsés par l'humiliant Diktat de Versailles.
En se présentant enfin comme révolutionnaire, antiparlementaire et antichrétien, le nazisme attire nombre d'intellectuels. Il est salué avec faveur, à ses débuts du moins, par de grands esprits, y compris la majorité des Prix Nobel allemands.
Parmi les premiers compagnons de route du nazisme figurent quelques personnalités éminentes comme le grand historien du Moyen Âge Ernst Kantorowicz. Juif homosexuel et athée, mais aussi fervent patriote, il se rallie au nazisme avant d'émigrer aux États-Unis et d'y poursuivre une carrière digne et honorable.
L'essayiste Jean-Claude Guillebaud rappelle que «dans les années 20 et 30, le national-socialisme se présentait encore volontiers comme une force subversive, opposée au moralisme petit-bourgeois, soucieuse de combattre la famille au nom de la communauté de sang en quête d'espace vital, d'organiser, sous l'égide de l'État, des filiations eugéniques (les fameux Lebensborn), etc. Au demeurant, c'est la gauche allemande qui dénonçait à l'époque l'amoralité, et notamment les complaisances homosexuelles que manifestaient certains nazis»(*).
Malgré sa capacité à ratisser large, le nazisme a le plus grand mal à s'imposer dans le paysage politique allemand. Après sa sortie de prison en décembre 1924, Hitler doit faire face aux manoeuvres séditieuses de ses lieutenants.
Les troupes para-militaires du parti, les SA (abréviation de Sturm Abteilung ou Sections d'Assaut), que dirige Ernst Röhm se montrent particulièrement indisciplinées. Pour les contenir, Hitler forme une garde personnelle à sa dévotion, les SS (abréviation de Schutzstaffel ou Échelon de protection), sous la direction de Josef Berchtold puis, en 1929, de Heinrich Himmler.
Les frères Strasser, qui dirigent le parti en Allemagne du nord, veulent renforcer son orientation socialiste. Ils sont écartés lors de la recréation du parti par Adolf Hitler le 27 février 1925.
Le parti va se développer sur le modèle léniniste, avec de nombreux sympathisants qui lui apportent de l'argent ainsi que des militants professionnels dévoués à leur chef suprême, le Führer.
Si Hitler accède au pouvoir en moins de huit ans (1925-1933), il le doit avant tout aux circonstances et notamment à la crise économique de 1929, qui brise net le redressement économique, social, politique et culturel de la démocratie allemande née à Weimar dix ans plus tôt. Avec la multiplication des chômeurs et des déclassés, les principaux partis révolutionnaires, à savoir le parti nazi et le parti communiste, voient le nombre de leurs adhérents monter en flèche.
De 176.000 en 1929, le nombre d'adhérents au parti hitlérien grimpe à 806.000 en 1931 et à 4 millions en 1933. Les nazis n'ont obtenu que douze députés aux élections de 1928. Ils en obtiennent 107 à celles de septembre 1930 et deviennent tout d'un coup le deuxième parti allemand ; une force politique avec laquelle il faut désormais compter. -
Le grand capital allemand n'apporta pas son soutien à l'avènement du nazisme contrairement à ce qu'a longtemps soutenu la glose marxiste et à ce que laisse penser le film de Luchino Visconti, Les damnés (1969), reconstruction baroque de l'Histoire.
Seules font exception quelques personnalités isolées comme les industriels Fritz Thyssen et Friedrich Flick ou encore le financier Hjalmar Schacht.
Le programme en 25 points du premier parti
nazi fut clairement anticapitaliste et de gauche. Et plus tard, dans les années qui précédèrent la prise de pouvoir, les rencontres entre Hitler et les patrons de l'industrie allemande n'eurent
pas de franc succès.
«Quelques hommes d'affaires et industriels prestigieux assis sur les bancs du procès de Nuremberg, et voilà le discrédit jeté durablement sur toutes les élites économiques allemandes. Est-ce
à dire qu'elles furent toutes coupables, comme l'affirma longtemps une historiographie d'inspiration marxiste ? Comme souvent, avec le recul et les progrès de la recherche, l'histoire s'est
dérobée aux schémas simplistes et a infirmé les poncifs d'origine marxiste qui dominaient les analyses de cette question», écrit l'historien Henri Rousso, directeur de l'Institut d'histoire
du temps présent - CNRS (*).
En revanche, après 1933 et l'accession au pouvoir de Hitler, il est indiscutable qu'industriels et financiers surent s'accommoder du régime pour en tirer un profit maximal jusqu'à
renoncer à leur liberté d'action au profit de l'ordre nazi.
La nuit du 9 au 10 novembre 1938 reste l'un des plus tristes moments de l'histoire allemande.
Après les accords de Munich, les habitants du Reich (y compris les habitants de l'ex-Autriche) croient la paix préservée et, comme les autres Européens, manifestent leur jubilation ! Adolf Hitler est dépité par les acclamations populaires dans son pays même. «Avec ce peuple, je ne puis encore faire une guerre», se plaint-il (*). Lui-même a curieusement le sentiment d'avoir cédé à Munich en ne faisant pas immédiatement la guerre et il voudrait montrer à son peuple comme aux puissances étrangères qu'il ne se laissera plus manœuvrer !
Hitler déplore aussi qu'un quart seulement du demi-million de Juifs allemands aient émigré au bout de cinq ans de brimades et de lois antisémites. Il souhaite accélérer le mouvement pour que le Reich devienne enfin «judenrein» (sans aucun Juif).
Et voilà que se présente l'occasion de reprendre la main !... C'est l'agression le 7 novembre d'un conseiller de l'ambassade d'Allemagne à Paris, Ernst vom Rath, par un jeune juif polonais.
Le 7 novembre 1938 au matin, un jeune homme se présente à l'ambassade allemande de Paris et tire à vue sur le conseiller Ernst vom Rath, le blessant mortellement. Selon l'enquête officielle consécutive à l'assassinat de vom Rath, le meurtrier voulait tuer l'ambassadeur lui-même. Il était entré dans l'ambassade et avait choisi, en définitive, de tirer sur le premier venu.
Le meurtrier est un juif polonais de 17 ans, Herschel Grynszpan. Ses parents ont fui en 1914 leur pays et se sont réfugiés à Hanovre, en Allemagne. Mais voilà que
le gouvernement polonais, désireux de prévenir le retour de ses citoyens juifs du fait des persécutions allemandes, décide de priver tous les Polonais exilés
depuis plus de cinq ans de leur citoyenneté sauf à revenir avant le 29 octobre 1938. La police allemande riposte en expulsant vers la Pologne tous les juifs de ce pays.
Plusieurs milliers de ces malheureux, y compris les parents de Grynszpan, devenus indésirables dans leur patrie, errent dès lors dans le no man's land de la frontière germano-polonaise. C'est donc pour venger ses parents que le jeune homme aurait voulu tuer l'ambassadeur allemand quelques jours plus tard (*).
Notons que le gouvernement de Varsovie, irrité par la présence des apatrides juifs à sa frontière, menacera d'expulser en représailles les Polonais d'origine allemande. Le gouvernement de Berlin ne se le fera pas dire deux fois et internera les malheureux. C'est un signe parmi d'autres qu'avant la guerre, le gouvernement hitlérien était encore sensible à un langage de fermeté !
À l'annonce de la mort de vom Rath, dans la soirée du 9 novembre, tandis que Hitler et tous les dignitaires nazis se retrouvent à Munich pour commémorer le putsch de la Brasserie, le ministre allemand de la propagande Joseph Goebbels dénonce un «complot juif» contre l'Allemagne. Pour consolider la thèse du complot, il rappelle opportunément un autre attentat qui avait eu lieu en Suisse en 1936 lorsque l'étudiant juif David Frankfurter avait assassiné le chef des nazis locaux, Wilhelm Gustloff... Cet attentat n'avait suscité sur le moment aucune réaction de la part de Hitler car la même année se tenaient à Berlin les Jeux Olympiques et les nazis n'étaient pas encore en état de défier les démocraties.
Ayant rallié le Führer à son idée, Goebbels mobilise dans la nuit du 9 novembre les militants nazis, avec le concours des Gauleiter (gouverneurs de régions) réunis à Munich. Il jette les militants nazis dans les rues pour un pogrom de très grande ampleur à l'image des émeutes antijuives qu'encourageait au XIXe siècle l'administration du tsar. Mais officiellement, à la radio, le même soir, il veille à ne parler que de violences «spontanées» et s'offre même le luxe de les déplorer.
Les sections d'assaut nazies («Sturm Abteilung» ou SA), fortes de plus d'un million de membres, et les Jeunesses hitlériennes s'en prennent aux synagogues et aux locaux des organisations israélites, ainsi qu'aux magasins et aux biens des particuliers.
Les agresseurs sont pour la plupart en tenue de ville pour laisser croire à un mouvement populaire spontané. Des escouades de SS participent aussi au pogrom, mais contre l'avis de leurs supérieurs et de Heydrich, lequel le leur a interdit par un télétype officiel.
Près d'une centaine de personnes sont tuées à l'occasion de ce gigantesque pogrom. 267 synagogues sont pillées, saccagées et brûlées ; 7500 magasins sont également pillés.
La violence dépasse les bornes à Berlin et Vienne (annexée au Reich en mars 1938), où vivent les plus importantes communautés juives. Les Allemands ordinaires assistent, impavides, aux désordres. Très rares, notons-le, sont les Allemands qui tentent de secourir leurs concitoyens persécutés. Les Églises elles-mêmes restent silencieuses pendant et après le drame.
Le petit peuple berlinois donnera à ces premières violences antisémites planifiées en Allemagne le nom poétique de «Nuit de Cristal» (en allemand «Reichskristallnacht»), en référence aux vitrines et à la vaisselle brisées cette nuit-là. À cette appellation passée dans l'Histoire mais empreinte d'un certain cynisme, les historiens allemands préfèrent celle de «Novemberpogrom» (le pogrom de Novembre).
Le Reichsmarschall Hermann Goering, responsable de la politique économique du Reich et du Plan quadriennal, réunit une conférence interministérielle dès le 12 novembre 1938 pour tirer les conséquences du progrom. Son procès-verbal figurera au procès de Nuremberg, après la guerre.
À l'occasion de cette conférence, la communauté juive est taxée d'une énorme amende pour cause de tapage nocturne (ça ne s'invente pas), soit un milliard de marks prélevés sur les 7 milliards d'avoirs juifs bloqués sur les comptes bancaires depuis avril 1938. En-dehors de toute légalité, les assureurs sont contraints de verser à l'État allemand les remboursements dus à leurs assurés. Pour Hermann Goering, c'est un début de solution au crucial manque de devises qui affecte l'État.
Les organisations juives sont par ailleurs dissoutes et la presse juive supprimée,... «Je n'aimerais pas être un Juif en Allemagne», conclut Goering avec un cynique bon sens. Il suggère aussi sur le ton d'une mauvaise plaisanterie : «Nous donnerons aux Juifs une partie de la forêt et Alpers veillera à ce que les animaux qui ressemblent aux Juifs [l'élan au museau crochu] aillent dans l'enclos juif et s'y installent». Il est vrai qu'après la Nuit de Cristal, les Juifs qui n'auront pas encore réussi à émigrer seront très appauvris et soumis à une effroyable ségrégation.
Près de 35.000 juifs sont arrêtés pendant la Nuit de Cristal et envoyés dans des camps de concentration (Dachau et Buchenwald). Ils seront pour la
plupart libérés contre rançon et avec obligation de présenter un visa d'émigration.
L'émigration va s'accélérer dans les mois suivants malgré les obstacles dressés par les autres pays. La moitié des 500.000 Juifs austro-allemands encore présents dans le Reich après la Nuit de Cristal seront partis après le regain de violences des années 1938-1939.
Conséquence notable des débordements cafouilleux des SA pendant la Nuit de Cristal, la «question juive» (en allemand «Judenfrage»), qui était le lot de différents acteurs agissant dans «le sens de la volonté du Führer», va revenir désormais exclusivement à Heydrich et Himmler, autrement dit aux SS (Schutzstaffel), le corps d'élite fanatique de l'État hitlérien.
Les violences de la Nuit de Cristal donnent lieu à une réprobation quasi-unanime à l'étranger mais sans qu'il s'ensuive des mesures concrètes. Un grand débat a lieu à la Chambre des Communes, à Londres, et les Britanniques, dans la foulée, proposent aux Américains de sacrifier leur quota de 60.000 immigrants par an au profit des Juifs du Reich mais leur offre est refusée par Washington.
Le gouvernement français est le seul à s'abstenir de toute condamnation publique car il ne veut pas compromettre une prochaine rencontre franco-allemande. Il rend hommage au diplomate Ernst vom Rath le 12 novembre 1938, soit cinq jours avant ses funérailles officielles à Berlin ! Après cet excès de zèle, le ministre des Affaires étrangères Georges Bonnet peut accueillir son homologue Joachim von Ribbentrop pour la signature d'un accord de coopération...
Soulignons que si la Nuit de Cristal inaugure les violences de masse à l'encontre des Juifs, l'extermination n'est pas encore d'actualité. Le journal de la SS publie le 24 novembre 1938 un éditorial dans lequel il est écrit que les ghettos constitueront des nids de criminels et que le meilleur moyen de s'en débarrasser est d'y mettre le feu ! Mais c'est une exception et l'on ne trouve à ce moment-là nulle part ailleurs d'allusion à un massacre organisé.
Hitler lui-même a dans l'esprit de chasser les Juifs du Reich. Il garde la conviction que chaque pays européen doit régler sa «question juive» par ses propres moyens. Quand il prononcera le 30 janvier 1939 un discours devant le Reichstag (Parlement), faisant pour la première allusion au possible «anéantissement de la race juive en Europe» en cas de guerre, il aura encore en tête l'idée de refouler les Juifs dans un vaste ghetto où ils mourraient à petit feu. C'est le projet «Madagascar». L'idée d'une extermination de masse ne s'ébauchera qu'après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
Le 9 novembre 1970, le général Charles de Gaulle meurt soudainement dans sa maison de La Boisserie, à Colombey-les-deux-Églises (Haute-Marne). L'ancien
président de la République est né 80 ans plus tôt, le 22 novembre 1890, à Lille. Il s'est retiré de la vie politique le 28 avril 1969.
Article illustré par une vidéo
Pour les Allemands, le 9 novembre rappelle tout à la fois l'avènement de la République (1918), le pitoyable «putsch de la Brasserie» (1923), la sinistre «Nuit de Cristal» (1938) et l'heureuse chute du Mur...
Chacun se souvient de la nuit du 9 au 10 novembre 1989... Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest brisent le Mur de la honte qui divise Berlin depuis le 13 août 1961.
Les jeunes gens prennent de court les dirigeants des deux bords qui ne s'attendaient pas à un enchaînement aussi rapide des événements.
Réceptifs à la politique
de glasnost (transparence) initiée trois ans plus tôt par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, les dirigeants hongrois ont été les premiers à soulever la chape de plomb
communiste.
Le 2 mai 1989, ils annoncent leur intention d'entr'ouvrir leur frontière avec l'Autriche. Des centaines d'Allemands de l'Est se précipitent alors en Hongrie dans l'espoir de bientôt passer à l'Ouest. En septembre, ils sont plusieurs milliers à s'enfuir de la sorte.
En République Démocratique Allemande (RDA), à Leipzig puis dans les autres villes du pays, les opposants au communisme quittent le secret des temples luthériens et manifestent au grand jour. Ils ont pourtant quelque motif de craindre le sort des étudiants chinois de la place Tien An Men, à Pékin, sauvagement écrasés au même moment.
Le pouvoir est-allemand vacille. Début octobre, il autorise le transfert à l'ouest de plusieurs milliers de ses ressortissants qui s'étaient réfugiés dans l'ambassade ouest-allemande de Prague. Sa faiblesse s'affiche dans ces trains qui traversent l'Allemagne de l'Est, pleins de réfugiés triomphants !
Le 7 octobre 1989, lors du défilé commémoratif du 40e anniversaire de la RDA, Erich Honecker (77 ans), secrétaire général du Parti communiste est-allemand, doit supporter les acclamations qui montent vers... son invité, le réformiste Mikhaïl Gorbatchev (57 ans) : «Gorbi, Gorbi !». Après ce camouflet, le 18 octobre, il laisse la place à Egon Krenz, un dirigeant aussi stalinien que lui mais plus jeune (51 ans).
Rien n'arrête plus l'Histoire. Un million de manifestants à Berlin-Est entraînent la démission collective du gouvernement communiste le 7 novembre.
Deux jours plus tard, le 9 novembre, vers 18h, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce très simplement la décision du gouvernement de RDA vis-à-vis des Allemands de l'Est : «les voyages privés à destination de l'étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière». «À partir de quand ?» demande un journaliste. «Autant que je sache,... tout de suite», répond le dirigeant ! Quelques heures plus tard, on compte déjà des dizaines de milliers de Berlinois devant les sept postes-frontière du Mur.
À 22h15, le poste-frontière le plus au nord, à Bornholmer Straβe, est ouvert et la foule s'y engouffre dans une euphorie indescriptible, sous le nez des redoutables garde-frontières est-allemands, les «vopos». En près de 30 ans, ces derniers ont tué 239 personnes qui tentaient de franchir le Mur. Cette fois, ils gardent l'arme au pied. Ils comprennent que leur temps est révolu.
Au cours de la nuit, les autres postes-frontière sont à leur tour ouverts. Les Berlinois de l'Est comme de l'Ouest ne se contentent pas de cela. Qui avec un marteau, qui avec une pioche, chacun s'attaque au béton du Mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors).
C'en est fini de cinquante ans de séparation et d'antagonismes entre les deux parties de l'Allemagne, la République Fédérale Allemande (RFA, en allemand, BundesDeutscheRepublik, BDR), sous influence occidentale, et la République Démocratique Allemande (RDA, en allemand Deutsche Demokratische Republik, DDR), sous domination soviétique.
Les idéologies chavirent dans un enthousiasme débridé. Personne ne s'inquiète encore des lendemains difficiles de la réunification. Sans perdre de temps, le chancelier fédéral Helmut Kohl impose une unification monétaire puis politique des deux parties de l'Allemagne. L'unité est officialisée le 3 octobre 1990. Ce jour est depuis lors fête nationale en Allemagne.
En 1999, le chancelier Kohl laissera à son successeur l'honneur d'inaugurer l'installation des pouvoirs publics à Berlin, qui fut déjà la capitale de l'Allemagne de 1871 à 1945.
Le 3 novembre 1989, dans une conférence de presse donnée en Allemagne, le président français déclare : «Je n'ai rien contre la réunification». Mais, comme tout un chacun, il songe alors à une réunification très progressive. Après la chute du Mur, François Mitterrand cache mal son irritation et ne donne aucun signe d'encouragement à son ami Helmut Kohl. Il craint que l'avènement d'une Allemagne unie et puissante au coeur de l'Europe ne marginalise la France.
Début décembre, il rencontre Mikhaïl Gorbatchev à Kiev. Il échoue, semble-t-il, à le convaincre de freiner les ardeurs du chancelier ouest-allemand. Gorbatchev, il est vrai, a rencontré à Bonn, dès juillet, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl et il lui a promis de ne pas entraver le processus de réunification en échange d'une aide financière massive de l'Allemagne à l'Union soviétique.
Le 19 décembre, comme si de rien n'était, le président français effectue auprès du gouvernement moribond de Berlin-Est un voyage officiel qui était prévu de longue date.
Non content de cette maladresse, François Mitterrand exige du chancelier ouest-allemand, en préalable à la réunification, une reconnaissance formelle de la frontière germano-polonaise issue de la dernière guerre. Pour les Allemands de l'Ouest en général, et Helmut Kohl en particulier, cette attitude qui met en doute leur pacifisme est ressentie comme une provocation.
Ces nuages sur les relations franco-allemandes ne ralentissent en rien la course à la réunification. Ils témoignent simplement du décalage entre la réalité et la diplomatie française, qu'incarnent à ce moment-là François Mitterrand et son ministre Roland Dumas.
Le président français, prenant acte plus tard du caractère inéluctable de la réunification, va négocier en contrepartie le sacrifice du deutsche Mark sur l'autel de l'union monétaire européenne. Ce projet débouchera sur la signature du traité de Maastricht le 7 février 1992.
1989 apparaît a posteriori comme l'année clé de la fin du XXe siècle. La chute du Mur liquide les séquelles de la Seconde Guerre mondiale. Elle annonce en même temps la mort prochaine de l'URSS et du communisme.
En janvier de la même année meurt l'empereur Hiro Hito, qui a régné sur le Japon depuis 1926. C'est le dernier des grands acteurs de ce siècle. En juin meurt l'ayatollah Khomeyni, charismatique et redouté Guide de la Révolution islamique iranienne, première révolution post-communiste.
Cependant que s'écroulent les régimes communistes d'Europe les uns après les autres, au Kossovo, un certain Milosevic fait un discours retentissant devant une foule de Serbes en délire... De nouvelles guerres se préparent cette année-là, à l'insu de l'opinion mondiale, qui vont opposer des ethnies et des religions les unes aux autres.
Négociateur hors pair, Jean Monnet met sur pied pendant les deux guerres mondiales des programmes pour les approvisionnements en blé ou en armes des
alliés.
Entre les deux guerres, il traite des dossiers comme le partage de la Silésie entre la Pologne et l'Allemagne, l'avenir de la Sarre ou encore le redressement économique de l'Autriche. Lors de
l’invasion de la France par l’Allemagne nazie, jamais à court d’idées, il suggère à Churchill une fusion immédiate de la France et de l’Angleterre mais sa proposition arrive trop tard.
À la Libération, il met sur pied un plan de modernisation et d'équipement de la France qui porte son nom et crée le Commissariat au Plan. Enfin et surtout, il propose au ministre Robert Schuman
le projet d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). De là sortira l’Union européenne actuelle. Jean Monnet a bien mérité son titre honorifique de «Père de
l'Europe».
Charles de Gaulle incarne en France et au-delà l’esprit de résistance. Il acquiert ses galons de général « à titre provisoire » en tentant de faire
face à l’armée allemande lors de l’invasion de mai-juin 1940.
Sous-Secrétaire d’État au gouvernement, il refuse l’armistice et s’enfuit à Londres, d’où il lance à la radio un appel à la résistance.
Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il n’a de cesse de rassembler autour de lui les mouvements de résistance français et de dénoncer la collaboration du maréchal Pétain et de son
gouvernement avec l’occupant allemand.
Il porte sur ses épaules l’honneur de la France et, assez naturellement, à la Libération, remet sur pied des institutions républicaines. Après une éclipse suite à des divergences politiques (la «traversée du désert» ), il est rappelé au pouvoir pendant la guerre d’Algérie, donne une nouvelle Constitution à la France et achève la décolonisation.
Bonjour Momo tout d'abord merci de toutes ces quelques notes d'humour endehors du blog ,parenthèse agréable dans nos journées surchargées et puis cette article est superbe travail titanesque je vais le faire lire à mon beau papa qui me parle que de la guerre toute la journée cela va l'occuper un peu Belle journée mon amie et mille bisous
mlerci pour photos et pps : animaux "bourrés" ou photographe ?
je n'avais jamais vu des animaux dans cet état !! mdr
bisous